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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 08:41
A touch of sin

 

Dernière livraison d'un Festival de Cannes 2013 décidemment exceptionnel, A Touch of Sin se permet même une sortie dans quelques multiplexes, poussé par une critique absolument dithyrambique. Et il y a de quoi...

 

Rarement un film n'aura pénétré aussi clairement un pays, ses mutations, son évolution. Rarement sur un trame aussi anodine de fait divers, un long métrage ne nous aura temps fait voyager dans le temps et dans l'espace pour capter un phénomène universel : la révolte des opprimés.

 

Les quatre faits divers qui façonnent le film sont inspirées d'histories vraies. Issues du petit peuple chinois qui fait face à l'emballement capitaliste d'un état qui n'a pas encore (et de loin) digéré sa révolution accélérée et le croisement entre la bureaucratie le plus lourde et le libéralisme le plus débridé.

 

Des "actes isolés" ' (dénomination officielle), actions désespérées de fourmis qui n'acceptent plus le joug et l'humiliation, et qui se retournent contre leurs bourreaux. Des actes parfois très planifiés, longs, progressifs. Mais aussi soudains, brutaux, dans une explosion de rancœur et de violence. Le film capte alors avec une précision d'orfèvres ces moments où la tension monte, où l'irréparable va se produire...C'est une porte qui n'arrête pas de s'ouvrir, un casse qui se prépare, une discussion qui tourne mal. Et toujours l'argent, omniprésent, écrasant, omnipotent. L'argent qui donne le pouvoir, efface toutes les règles, ouvre toutes les portes...L'argent au centre de chaque discussion, de chaque relation, obsession vitale et perpétuelle...

 

Malgré son sujet de faits divers et sa narration hyper linéaire la construction du film est pourtant extrêmement travaillée, avec un voyage du bas vers le haut. De la misère des usines campagnardes vers les néons de Canton en passant par les petites métropoles régionales. Un tour de Chine dans lequel Jia Zhang Ke confirme qu'il est un immense filmeur, proposant régulièrement des plans incroyables avec pas grand chose.

 

Dès la première scène, tout est incroyable : les couleurs de ce camion de tomates renversé, les visages de ces motards fatigués, ces campagnes chinoises en arrière plan. Quand ce ne sont pas ces animaux qui traversent régulièrement le champ, comme autant d'apparitions fantastiques...Même les montées de violence, qui sortent instantanément du film sociétal pour nous ramener vers les polars de Tarantino, voire les films de sabre de Tsui Hark.

 

Une chronique terrible de la Chine d'aujourd'hui, qui se veut probablement universaliste. D'une noirceur impitoyable et pourtant tellement humaine dans sa peinture des petits et des opprimés...

Le film n'est toujours pas sorti en Chine. Il y a des miroirs dans lesquels on se voit décidément trop laids

 

 

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Published by DH84
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