Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 08:24
12 years a slave

 

Les Etats-Unis, et leur histoire douloureuse, avec l'esclavage comme plaie ouverte...

Tarantino et Spielberg avaient proposé de grands films l'an dernier, mais sans chercher à faire de l'esclavage le thème central, l'un recyclant son cinéma dans cet arrière plan violent, l'autre déclinant un brillant film politique. C'est donc l'anglais Steve McQueen qui affronte le sujet en face, célébrant son entrée à Hollywood avec un très grand film classique, et une des distributions les plus impressionnantes de l'année.

 

L'histoire est vraie, et peu connue. Quelques décennies avant la guerre de sécession, les Etats-Unis étaient déjà partagés entre états esclavagistes et abolitionnistes. Des noirs libres étaient alors kidnappés du Nord pour être revenus comme esclaves dans le Sud. C'est ce qui arrive à Salomon Northup, qui devient d'un jour à l'autre un "neger". Un esclave corvéable à merci, qui n'a quasiment aucun droit si ce n'est celui de travailler encore et encore, jusqu'à l'épuisement. Et dans ce Sud esclavagiste, toute la vie de Salomon va bientôt être conditionnée au caractère de son maître. Un homme bon, ou une brute. Un homme raisonnable ou un propriétaire au bord la folie.

 

C'est avant tout ce que rappelle le film, ce lien inhumain entre un maître et son esclave, à qui on nie son statut d'homme. L'esclave est une propriété, un objet, un outil. Rien de neuf ici, si ce n'est que jamais on n'avait pu aussi bien capter à quel point la vie même des esclaves, leur existence même, était conditionnée à la volonté d'un homme seul, de ses angoisses, de ses peurs.

L'incroyable personnage incarné Michael Fassbender incarne cette peur et cette folie, cette manière de projeter sur ses "possessions" toutes ses angoisses et ses frustrations, jusqu'à la violence la plus extrême et la cruauté la plus totale. Avec des séquences éprouvantes, parfois assez longues, toujours au plus près des corps et de le chair.

 

D'ailleurs, la mise en scène flamboyante a été rangée au placard, le sujet ne s'y prête pas. Steve McQueen a rangé ses longs travellings et ses embardées musicales, mais a conservé son amour du plan fixe. On pourra taxer ce film d'académisme quand on connait la production précédente du bonhomme, mais le réalisateur ne fait que s'adapter avec une profonde intelligence à son sujet, sans chercher à briller par des mouvements de caméra virevoltants, ou de grandes ellipses dans la narration (relativement sage et équilibrée).

Car le thème est bien la longueur, la durée, la pénibilité. Steve McQueen a su trouver le ton juste pour raconter cette histoire, et cela fait tout. Avec un équilibre délicat entre dolorisme et émotion, mais sans jamais faire basculer le film vers un tire larmes idiot (on se rappelle les éprouvants scènes d'ouverture du Majordome par exemple)

Juste la souffrance et l'injustice à l'état brut, avec parfois ces plans interminables pour graver dans notre esprit des images, nous obliger à comprendre jusqu'au bout ce qu'est la domination organisée d'un être humain par un autre.

 

Un film classique, calibré pour faire pleuvoir les oscars et donner à tous ses comédiens des occasions de briller de mille feux

 

Mais un grand film, qui peut se vanter d'être ce que beaucoup de toiles historiques ne sont pas : nécessaire. 

 

 

Page Facebook

Compte twitter

 

 

 

 

 

Les Etats-Unis, et leur histoire douloureuse, avec l'esclavage comme plaie ouverte...

Tarantino et Spielberg avaient proposé de grands films l'an dernier, mais sans chercher à faire de l'esclavage le thème central, l'un recyclant son cinéma dans cet arrière plan violent, l'autre déclinant un brillant film politique. C'est donc l'anglais Steve McQueen qui affronte le sujet en face, célébrant son entrée à Hollywood avec un très grand film classique, et une des distributions les plus impressionnantes de l'année.

 

L'histoire est vraie, et peu connue. Quelques décennies avant la guerre de sécession, les Etats-Unis étaient déjà partagés entre états esclavagistes et abolitionnistes. Des noirs libres étaient alors kidnappés du Nord pour être revenus comme esclaves dans le Sud. C'est ce qui arrive à Salomon Northup, qui devient d'un jour à l'autre un "neger". Un esclave corvéable à merci, qui n'a quasiment aucun droit si ce n'est celui de travailler encore et encore, jusqu'à l'épuisement. Et dans ce Sud esclavagiste, toute la vie de Salomon va bientôt être conditionnée au caractère de son maître. Un homme bon, ou une brute. Un homme raisonnable ou un propriétaire au bord la folie.

 

C'est avant tout ce que rappelle le film, ce lien inhumain entre un maître et son esclave, à qui on nie son statut d'homme. L'esclave est une propriété, un objet, un outil. Rien de neuf ici, si ce n'est que jamais on n'avait pu aussi bien capter à quel point la vie même des esclaves, leur existence même, était conditionnée à la volonté d'un homme seul, de ses angoisses, de ses peurs.

L'incroyable personnage incarné Michael Fassbender incarne cette peur et cette folie, cette manière de projeter sur ses "possessions" toutes ses angoisses et ses frustrations, jusqu'à la violence la plus extrême et la cruauté la plus totale. Avec des séquences éprouvantes, parfois assez longues, toujours au plus près des corps et de le chair.

 

D'ailleurs, la mise en scène flamboyante a été rangée au placard, le sujet ne s'y prête pas. Steve McQueen a rangé ses longs travellings et ses embardées musicales, mais a conservé son amour du plan fixe. On pourra taxer ce film d'académisme quand on connait la production précédente du bonhomme, mais le réalisateur ne fait que s'adapter avec une profonde intelligence à son sujet, sans chercher à briller par des mouvements de caméra virevoltants, ou de grandes ellipses dans la narration (relativement sage et équilibrée).

Car le thème est bien la longueur, la durée, la pénibilité. Steve McQueen a su trouver le ton juste pour raconter cette histoire, et cela fait tout. Avec un équilibre délicat entre dolorisme et émotion, mais sans jamais faire basculer le film vers un tire larmes idiot (on se rappelle les éprouvants scènes d'ouverture du Majordome par exemple)

Juste la souffrance et l'injustice à l'état brut, avec parfois ces plans interminables pour graver dans notre esprit des images, nous obliger à comprendre jusqu'au bout ce qu'est la domination organisée d'un être humain par un autre.

 

Un film classique, calibré pour faire pleuvoir les oscars et donner à tous ses comédiens des occasions de briller de mille feux

 

Mais un grand film, qui peut se vanter d'être ce que beaucoup de toiles historiques ne sont pas : nécessaire. 

 

 

Page Facebook

Compte twitter

Partager cet article

Repost 0
Published by DH84
commenter cet article

commentaires

DH84 27/01/2014 13:27

Oui, c'est vrai. Intense et toujours au bord de la folie, mais hyper crédible

Chris 27/01/2014 13:24

Tout a fait d'accord avec ta critique.
La grande reussite de Steve McQueen est d'avoir su ne pas vouloir en faire trop, c'est exactement le sentiment que j'ai eu en sortant.
En lisant ton texte, je me suis dit que Michael Fassbender a un role qu'on aurait sans doute pu confier a Daniel Day Lewis.