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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 10:31
Saint Laurent

 

Il y a donc biopic et biopic. 

Quelques mois après avoir vu Pierre Niney dans les mocassins du créateur de mode, ce Saint Laurent frappe donc comme un écho à la première version : un gentil téléfilm adoubé par Pierre Bergé, avec de belles imitations et beaucoup de bon esprit, mais peu de profondeur et de mise en scène. Linéaire, facile...et ennuyeux. 

Suffisamment pour renforcer le cliché comme quoi le biopic est un genre tiède réservé aux mamies asthmatiques. Pour une fois, on ne peut que se réjouir de la sortie proche de deux films sur le même sujet. Car ce mimétisme permet à ce Saint Laurent de mettre encore plus en valeur son style et sa beauté. De toucher du doigt combien une mise en scène et la vision d'un cinéaste peut sublimer un sujet.

 

"Vous venez pour affaires ?"

"Non, je viens pour dormir"

Dès la scène d'entrée dans ce palace parisien, tout le film est déjà là, fuyant, mystérieux, s'inscrivant dans les pas de Proust autant que dans ceux de l'icône. Dans la fuite du temps qui passe, avec un homme torturé qui aura vieilli prématurément, qui aura connu tous les excès, et qui sera resté insaisissable pour beaucoup. Un vrai personnage de cinéma, auquel Gaspard Ulliel prête son physique de jeume premier, mais aussi sa fragilité et son sourire hypnotique.

 

Car le réalisateur Bertrand Bonello est venu pour faire du cinéma. Pour tordre la notion du temps, pour sauter d'une époque à l'autre, pour étirer sans fin certaines nuits, pour en oublier d'autres dans des ellipses déconcertantes. Pour jouer avec la lumière, les décors de ces appartements somptueux. Pour égratigner le mythe dans des scènes crues à la chair est définitivement triste. Pour voir des hommes et des femmes aimer, douter, se perdre, et parfois se retrouver.

Et il soigne l'apparition de ses personnages dans des scènes éblouissantes

La naissance d'une icône blonde devant le miroir d'une boite de nuit sous le regard fasciné d'un Saint Laurent qui redevient l'enfant capricieux. L'intrusion de l'amant dans un travelling menaçant au milieu d'une foule de danseurs. Pierre Bergé businessman dans une séquence de traduction qui met en abîme le langage et l'homme. Saint Laurent au crépuscule de sa vie avec une voix de vieillard fatigué, dans le clair obscur de sa maison du Maroc. Le temps qui passe, toujours...

 

Là où beaucoup de cinéastes auraient sorti maquillage et postiches pour incarner le vieil homme, Bonello change d'acteur en confiant le rôle à Helmut Berger, ancien jeune premier de Visconti. L'effet est saisissant, , réel. Emouvantes et gracieuses, ces scènes touchent au cœur et donnent une incroyable profondeur à tout le film. En cinéaste visionnaire, le réalisateur a compris que le cinéma n'est pas un concours d'imitation.

Qu'un biopic n'est pas un défilé de guest stars. Qu'une mise en scène sophistiquée et brillante peut aussi trouver sa place dans un film populaire, comme quand il filme continuellement des corps incomplets, des hanches, des poitrines, des épaules.

 

Le film brille de mille feux, le défilé final est éblouissant, l'écran est coupé en plusieurs morceaux, et on ne sait plus tellement où regarder. Le créateur qui se cache derrière ses modèles, ou son travail qui brille. 

Là, on sent que Bonello pourrait fermer la porte à jamais pour terminer son film. Mais il nous catapulte dans les tristes bureaux d'une rédaction. Le contre-pied, toujours.

 Saint Laurent est là, même si tout le monde n'y croit pas. Mutique, souriant, mystérieux.

 

Insaisissable

 

 

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Nous avons donc ici un film indépendant américain qui ne brille pas par son originalité, mais clairement pas sa fraicheur et son émotion. Ce qui n'est déjà pas mal.

A dans 10 ans pour une bonne crise de la cinquantaine ?

Je suis assez preneur. 

 

 

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Published by DH84
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