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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 09:41
Gone girl

 

La main caresse ses cheveux, son regard à elle embrase l’écran.

Et lui, en voix-off, se demande ce qu’elle peut penser à cet instant, et se propose de lui ouvrir le crâne pour vérifier.

Chez David Fincher, la douceur la plus complète n’est jamais très loin de la violence la plus absolue. Et les apparences sont toujours trompeuses. Le jeune flic qui déclare que « La solution la plus simple est souvent la meilleure » est contredit par sa patronne. Elle ne pense pas que ce soit le cas. Par exemple dans cette affaire de disparition….

 

Le jour de son 5ème anniversaire de mariage, elle disparaît de chez elle, après une énième dispute avec son mari. Il y a des traces de lutte quand il revient à la maison. Il prévient la police, mais devient assez vite suspect. Et les télévisions s’intéressent à l’affaire de près…

L’explication du casting pour le moins foutraque (pas de grands acteurs alors qu’on se bat d’habitude pour venir chez Fincher) trouve ici sa justification, il fallait un américain moyen, pataud et maladroit, c’est Ben Affleck. Il fallait une femme belle et très américaine, c’est Rosamund Pike. On pourrait se croire dans n’importe quel polar de bas étage en commençant cette histoire. Mais la première heure de mise en place et d’enquête est bizarrement longue.

 

Il apparait vite que le mari idéal n’est pas très net, que le couple en or massif n’est pas irréprochable, et que cette histoire renferme bien des secrets. Comme dans Zodiac, Fincher perd les flics et les autres dans un labyrinthe brumeux et complexe, sans que personne ne voie la sortie. Les pièces se mettent en place, la voix-off de la victime nous fait remonter le temps, en partant de la douceur de leur première rencontre. Une douceur qui va progressivement se transformer en piège, puis en agression.

 

Derrière le polar, c’est toute la descente aux enfers d’un mariage qui est décortiquée avec une précision chirurgicale. Un vrai musée de l’horreur matrimoniale très bien filmé, merveilleusement éclairé, qui glisse sur nous comme un curieux feuilleton. Comme dans son adaptation de Millenium, Fincher s’amuse avec un bouquin déjà écrit, plein de faux semblants, mettant à son service son indéniable talent de conteur.

 

Puis le film déraille. En une seconde, tout est remis en perspective. Le twist n’est pas final, il est au beau milieu du film, pour permettre au spectateur de déguster la suite dans les moindres détails. De l’enquête sans fin et sans fond, le film devient une sorte de barnum géant, avec les télévisions et leurs animateurs pour arbitrer les débats morbides. Le mariage devient alors le lieu de haine, de souffrance, de frustration. L’intimité est mise à nu, offerte à l’Amérique entière par le prisme monstrueux d’une société du spectacle qui en demande encore plus.

 

C’est là que le film se démarque. Plutôt que de maintenir le mystère, on nous invite à être témoin de la petitesse et du déchainement de haine, des pièges. Faux thriller et vrai film personnel, le film sait faire peur avec pas grand-chose.

 

Il faut dire que Fincher a du métier, et ne rate pas les scènes fondamentales : une interview télévisée parfaite, des flash-backs efficaces, des face à face de couples hyper cinématographiques…Le tout dans une lumière tamisée, et dans une ampleur qui colle parfaitement avec son sujet (2h25)

Car quand on croit en avoir enfin fini avec cette farce pleine de cynisme, le récit nous bascule dans une nouvelle fois dans l’horreur, puis dans la duplicité.

Les dernières séquences sont d’une cruauté incroyable, et pourtant ils sourient tous. La fausseté jusqu’au bout. L’obligation de paraître heureux, quel qu’en soit le prix, puisqu’on se l’est promis. Surtout devant les caméras.

 

Après Bonnelo qui détourne les règles du biopic, Fincher offre donc le faux polar de cette rentrée, preuve que les plus grands auteurs peuvent décidemment se lover dans les genres les pluss courrus et y apporter du sanf neuf. Après Millenium, Social Network et la série House of Cards, ses talents d’adaptateurs sont désormais unaniement reconnus.

On pourrait souhaiter maintenant que les studios laissent enfin ce control-freak retrouver des projets barrés et hyper ambitieux (il a abandonné le biopic de Steve Jobs et 20000 lieues sous les mers). Parce que les dernières fois, ça avait donné Fight Club et Benjamin Button. Ca vaudrait le coup.

 

 

 

 

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Jeanne Herry pourrait passer un coup de fil à Dupontel, il pourrait lui expliquer certaines choses.

Comme par exemple, comment créer une atmosphère dans un film.

Ou encore, ne pas prendre ses spectateurs pour des poires.

Ca pourrait aider.

 

 

 

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Published by DH84
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commentaires

Leo M 20/11/2014 15:43

Tu as parfaitement décrit ce film que j’ai beaucoup apprécié.

ouverture de porte paris 12 13/10/2014 20:12

Je vous approuve pour votre éditorial. c'est un vrai boulot d'écriture. Continuez