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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 09:42
Mommy

 

 

Il n’a pas 30 ans, et déjà l’ego d’un futur grand réalisateur. Faut-il vraiment disposer d’une telle atrophie du moi pour être un artiste de classe mondiale ? Xavier Dolan ne va pas aider à prouver le contraire…

 

Dès le prologue, c’est le crash.

Un crash réel, physique et violent, qui donne le ton de tout le film. Une femme sort de la voiture en sang, marmonne quelques insultes, et repart. Inarrêtable, déterminée. Et pourtant, elle apparait si frêle dans cet institut où elle vient chercher son fils. Un gamin violent, intenable, dont plus personne ne veut. Et qu’elle va devoir prendre en charge désormais…

 

Le jeune prodgie n’a peur de rien. Ce qui donne à son cinéma une fougue et une fraicheur assez réjouissantes.

Il n’a pas peur de proposer un format carré très déstabilisant, mais auquel on s’habitue vite, car il est en raccord avec l’histoire, avec cet enfermement que Xavier Dolan décrit. Pas peur non plus d’inonder son film avec une musique pop sucrée balancée par seaux entiers. Ça pourrait être kitsch et adolescent, c’est sincère et touchant, même quand il ose une séquence entière sur un tube de Céline Dion dans un salon plein de lumière. Joli pied ne nez pour ce chouchou d’une critique intello et branchouille, qui déclare être plus touché par le Seigneur des Anneaux que par Godard. Il cherche l’émotion, pas la beauté.

 

Et de l’émotion, à l’écran, il y en beaucoup.

Elle affleure d’abord, dans des relations mère-fils complices, puis elle explose, dans une violence parfois très physique, dans les cris, le meubles qui tombent. Quand la timide voisine vient se mêler à la fête, c’est la même chanson : de la curiosité, un peu d’amour, beaucoup de cris. Le style Dolan fonctionne alors à plein régime, mélange unique de naturalisme et d’image hyper travaillée, pleine de couleurs criardes. On pourra quand même reprocher au cinéaste la durée des scènes violentes et des hurlement, assez mal maitrisés. Mais vu l’âge qu’il a, difficile de lui demander la perfection (pas encore du moins), surtout quand on voit à quel point il sait diriger ses deux actrices.

La mère, en particulier. Celle du titre, celle qui est perdue, celle qui se relève à chaque fois. Grande gueule, fumeuse, buveuse, Anne Dorval donne à ce personnage une force et une profondeur incroyables. Elle est merveilleuse.

 

Jusqu’à la fin, puisqu’il faut bien finir. S’aimer très fort ne fait donc pas tout. Le bonheur n’est qu’intermittent.

Il est pourtant capté dans une scène extraordinaire, où l’image s’agrandit sous nos yeux. Sorti de son étroit espace carré, ce fils explore enfin la totalité du scope, dans un des plus beaux moments de liberté que l’on ait vu sur les écrans depuis longtemps.

 

Mais la plus belle scène nous est offerte quelques minutes avant le fin du film. Une mère regarde son fils au bord de l’eau, elle s’imagine ce qu’elle aurait voulu pour lui, ce qu’aurait pu être sa vie. L’image s’agrandit une fois encore, la musique se fait plus présente, Xavier Dolan réussit dans cette séquence magique à capturer une émotion pure et nous la servir dans un moment déchirant.

 

Et même si le retour sur terre est douloureux,  l’épilogue rebondit une fois de plus. La liberté, à tout prix. 

 

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Published by DH84
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commentaires

brice 31/07/2017 13:07

tu veux dire une hypertrophie du moi ?

Leo M 19/11/2014 15:45

C’est vrai que Xavier Dolan est un metteur en scène qui a du talent.