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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 10:18
Foxcatcher

 

Il avait fait sensation à Cannes, et il y a effectivement de quoi faire : un sujet original lourd de toutes les symboliques possibles (des lutteurs en course pour les jeux olympiques), des thèmes américains au possible, le gros label « histoire vraie » (balancé post-générique), et surtout, des numéros d’acteurs tout en performance physique, avec la statuette dans le viseur.

 

Bennet Miller enferme donc ses acteurs dans un faux huis-clos, explore leurs frustrations, décortique le petit monde ridicule de deux hommes malades de ne pas être reconnus. Le lutteur, Channing Tatum, mâchoire carrée, qui n’a pas besoin de faire de grands efforts pour incarner un morceau de viande mono-neuronal manipulé par son nouveau maître. Ce maître, c’est donc Steve Carrel, impressionnant dans son incarnation du propriétaire fin de race sur le déclin, avec prothèse nasale en prime. C’est sa présence inquiétante qui sert de ciment au film, c’est elle qui lui donne son intérêt et sa profondeur.

Il n’y a bien que le grand frère (Mark Ruffalo, épatant) pour apporter une once de sérénité et de raison dans ce cirque. Mais lui aussi a ses faiblesses, et chaque homme semble avoir son prix.  

 

Tout cela est effectivement propre, bien foutu, et chacun est à sa place alors que la pression monte. Mais reste que, derrière ces compliments, le style du réalisateur Bennet Miller me reste assez étranger. Il y a dans ce cinéma un vide, un aridité et une sécheresse qui tient parfois pour moi d’une mise en scène artificielle. Comme cette manière brutale de fermer les scènes, souvent au prix d’une coupure sonore sèche. Comme cette accumulation d’effets de style (scènes filmées de loin, scènes muettes, décor surutilisés).

 

La folie immense et destructrice du milliardaire n’est qu’effleurée, par des petites touches légères, comme si l’élégance de l’exercice ne permettait pas à ce cinéma tout en sous-entendus de se déployer complètement. Les enjeux psychologiques semblent simples, évidents, et ce vieux garçon qui cherche à échapper à l’emprise de sa mère n’a pas tant d’aspérités. Le dénouement arrive alors, brutal, rapide, presque par surprise. Et on reste scotché là.

 

Bennet Miller sait manifestement bien choisir se sujets et ses scénaristes. Et livrer un film original et intéressant. Mais qui n’a décidemment pas tant d’élégance et d’envergure. 

 

 

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Published by DH84
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