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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 14:40
La loi du marché

 

De bons échos de Cannes, un héros national en acteur principal, et pour finir, une canonisation médiatique et populaire pour Vincent Lindon à l’occasion de son prix d’interprétation, devrait mettre tout le monde d’accord. D’autant que le film est (ouvrez les guillemets) SOCIAL.

 

On va parler des petites gens, de ceux qui souffrent, de la société d’aujourd’hui écrasée par l’argent et l’individualisme. On va évoquer un père courage, sans emploi, vaillant avec son fils handicapé qui passe au-dessus de tout, et bon mari puisqu’il danse le rock avec sa femme. On a donc intérêt apprécier, sous peine d’être suspecté d’être un affreux sans cœur insensible à la misère humaine. Mais voilà, le film, lui, n’est pas réussi. D’abord parce qu’il est pesant, voire franchement désagréable.

 

Pour nous immerger dans un quotidien et dans la violence sociale, Pascal Brizé nous enferme avec son héros. Dans sa maison, dans le salon de son mobil-home, dans un bureau de Pôle emploi, dans un club de rock. Un enfermement avec une caméra peu mobile, qui se plante là pour regarder de très près son héros qui se débat. Le film n’est donc qu’une succession d’enfermements et de scènes artificiellement rallongées.

 

Chaque échange, chaque situation, est étirée jusqu’au malaise pour surligner au marqueur la difficulté et la détresse de ce type qui se bat, avec des échanges répétitifs et sans fin. Quand Kechiche le fait, c’est avec un point de vue, et des personnages qui habitent le cadre. Quand Brizé l’utilise pour chaque scène dans une version documentaire, c’est au mieux une faute de goût, au pire un aveu d’impuissance.

 

Il y a pourtant un sujet. Celui du déclassement, du découragement, de l’impuissance. Celui du manque de lien social dans des situations de détresse. Mais Brizé ne veut voir le sujet que par le bout humain et individuel. D’où cette obsession de se coller à Vincent Lindon et ce refus de faire exister d’autres personnages que lui. Femme, enfant, ex-collègues, fonctionnaires, agents, voleurs, on ne les voit que par bribes, ils ne font que partie de ce décor rude et triste. Cela accentue l’impression de sécheresse et de solitude, mais de manière totalement artificielle.

 

C’est donc la souffrance humaine et personnelle qui est au cœur du film, pas le système. D’où un manque de finesse et de recul dans des scènes pourtant plus complexes qu’il n’y paraît. On traite exactement avec le même procédé, le jeune voleur "qui tente", le vieux ruiné au bout du rouleau, et la caissière qui met de côté des bons de réduction.

On nous livre en pâture une scène d’une violence inouïe où Lindon, très mal à l’aise, subit les retours foudroyants d’autres chômeurs sur sa prestation vidéo, sans évidemment donner les clés et le contexte de ce type d’exercice.

 

Et puis, il y a quelque chose d’assez gênant de nous présenter un homme sans ressources et sans issue… qui possède un mobil-home au bord de la mer et qui est presque propriétaire de son appartement. Une confusion pas très honnête, qui veut entremêler sans nuances deux souffrances distinctes : celle du déclassement social et celle de l’extrême pauvreté. Deux souffrances, deux tragédies, mais deux sujets différents. On ne prête pas au film de mauvaises intentions, mais une vraie maladresse dans son message qui englobe tout à la fois pour ne pas être trop précis.

 

À l’arrivée, un ensemble indigeste, pénible, rarement équilibré et qui manque vraiment de point de vue sur ce qu’il filme. Mais le film plaît à beaucoup au public et aux critiques, c’est une évidence.Tentez votre chance, le meilleur moyen de se faire opinion est encore de le voir.

 

Mais en ce qui me concerne, pour voir un film social libre, ouvert, il y a toujours les Dardenne ("Deux jours, une nuit"), dans un film incroyable où justement, tellement d’humains existaient. Ou Ken Loach avec Cantonna ("Looking for Eric") pour la force du collectif. Et pour voir Vincent Lindon au sommet, il y a encore "Welcome".

 

 

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Published by DH84
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commentaires

Manon 03/06/2015 15:51

Article intéressant mais en revanche il s'agit de Stéphane Brizé et non "Pascal Brizé" petite erreur :-)
Bonne continuation !!

je vous invite à consulter mon blog :
www.critikinema.wordpress.com


Manon