Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 08:32
Vice Versa

 

Les dernières livraisons Pixar semblaient indiquer une fin de règne.

Entre les suites et les non événements, on pouvait croire que la firme reine de l’animation avait bel et bien perdu son âme après le rachat par le gros méchant Disney. Ce Vice-Versa apporte un démenti éclatant. Car loin de raser les pâquerettes comme beaucoup de films estampillés « jeunesse », Pixar plonge avec bonheur dans le sujet le plus passionnant qui soit : l’humain.

 

Dès le départ, le film fait l’aller-retour entre le monde et l’intérieur du cerveau d’une petite fille. Des rouages, des vaisseaux, des petites cellules façon « La vie » ? Non, la base absolue : les émotions. La joie d’abord, la tristesse ensuite, puis la colère, la peur, le dégout. Ils sont aux commandes, dans l’unité centrale de cette gamine qui, comme chacun d’entre nous, décide de donner le pouvoir à l’un ou à l’autre, entrainant des réactions aussi variées que des fous rires, des assiettes de purée dans la figure ou des crises de larmes.

 

Le procédé est malin, et il est développé avec une virtuosité incroyable. Chaque aller-retour entre l’intérieur et l’extérieur se fait de manière tellement fluide que rien ne semble artificiel, on a l’impression de toucher du doigt la réalité profonde du fonctionnement d’un être humain. Comme toujours chez Pixar, l’animation est remarquable, mais sans prouesse technique particulière. Pas besoin d’en mettre plein les yeux avec des feux d’artifice numériques, ce qui est important, c’est le fond, les personnages, l’extraordinaire inventivité de ces déambulations à l’intérieur.  

 

Car, (puis parce qu’il faut bien une histoire), les émotions déraillent et partent en ballade dans les méandres du cerveau. Mieux vaut ne pas trop en dire pour préserver la surprise de la découverte de chaque zone, mais le voyage est évidemment mouvementé. Chaque partie du cerveau est visitée, jusqu’au trou noir de l’oubli. L’endroit où les souvenirs s’effacent, on en aurait presque la larme à l’œil quand c’est une partie de l’enfance qui part doucement en fumée.

 

Heureusement, le film est par ailleurs incroyablement drôle. Quand ils traque nos petites réactions domestiques, quand il met en scène nos peurs ou nos colères les plus irrationnelles, ou quand il plonge à l’intérieur des parents (mais aussi des passants et des animaux) pour des échanges à hurler de rire. Mais Vice Versa est beaucoup plus qu’une simple ballade, aussi intéressante et rythmée soit elle.

 

Car cette Joie (c’est la géniale Amy Poheler de Parcs and rec) devrait évidemment être la gentille alors que la molle tristesse devrait être la méchante au pire, le boulet au mieux.

Mais non.

En expliquant à tous, y compris aux plus jeunes, que la tristesse n’est pas anormale, en mettant en avant qu’il n’y a pas les bonnes et les mauvaises émotions, Pixar fait œuvre de salubrité publique. Un message d’une puissance folle, que l’on a pas peur de présenter aux petits comme aux grands, sans tartine lénifiante et moralisatrice.

Le dégoût et la peur protègent. La tristesse permet d’avancer. La colère peut donner des résultats. Quel film peut se targuer de si bien mettre en image des messages aussi limpides et aussi importants ?

 

Un petit chef d’œuvre animé, un grand moment de cinéma universel. 

 

Le film de l’année ? 

 

 

Le blog sur Facebook

Le blog sur twitter

Partager cet article

Repost 0
Published by DH84
commenter cet article

commentaires