ARTICLE INITIALEMENT PUBLIE SUR LE PLUS
La 3D au cinéma a fait une entrée fracassante en 2010 avec le succès mondial d’"Avatar" (record de recettes mondiales historique à ce jour). Des exploitants aux producteurs, beaucoup ont imaginé assister à une révolution qui allait durablement transformer une industrie du cinéma toujours vaillante après un bon siècle d’existence.
La plupart des films américains à gros budget et à grand spectacle se sont alors précipités dans la brèche, en passant d’autorité aux spectateurs une paire de lunettes en plastique obligatoire sur le nez. Le retour sur Terre a été progressif, mais bien réel.
Si on tire le bilan de 2011, il est plus que mitigé. Les trois plus gros succès au box-office mondial ("Harry Potter 7.2", "Transformers 3" et "Pirates des Caraïbes 4") ont été effectivement distribués en 3D, mais ils ont fait une partie de leur fortune sur des salles qui les distribuaient… en 2D.
Il devient très fréquent, en particulier dans les multiplexes, de distribuer un gros film dans deux salles, avec ou sans 3D. Et à ce jeu là, c’est le plus souvent la salle 2D qui fait recette, sauf exception. Car passé l’engouement d’"Avatar", la technologie est toujours assez peu appréciée du grand public, et pas très au point puisqu’on continue à nous doter de lunettes plastiques peu confortables, réfléchissantes et gênantes. Et bon courage pour en trouver d’autres en magasin !
D’un point de vue artistique, il est difficile de citer sur cette année des films qui se prêtaient bien à l’exercice, à deux exceptions notables près : "Hugo Cabret", magnifié par l’amour du cinéma de Scorsese, et "Pina", film sur la danse dont le contenu même était particulièrement adapté à ce format.
Ce qui confirme que la 3D n’est pas un procédé miraculeux et systématique, juste une technologie adaptée à de rares films, qui peut être magnifiée par de grands réalisateurs. Malheureusement, tout le monde n’a pas le talent de James Cameron ou Martin Scorsese. Mais sur 2012, la 3D est-elle réservée aux gros films idiots, et la 2D aux bons films intelligents et ambitieux ? Pas si simple…
2012 : il y a ceux qui y croient…
Pourtant, cela ne semble pas décourager les producteurs puisque la plupart des blockbusters annoncés de cette année seront tridimensionnels. On ne parle pas ici de comédies ou de films d’auteurs, mais uniquement des films pour lesquels la question du procédé se pose clairement. Quatre catégories continuent à investir dans le procédé sur 2012 :
1. Les petites séries B ou Z : des films a priori sans intérêt, qui draguent le spectateur en quête de repos neuronal ou l’adolescent attardé qui sommeille en nous. Aucun risque artistique pour ces films-là, la 3D n’est qu’un produit d’appel, un gadget complémentaire. Cela concerne des futurs chefs d’œuvres comme "Ghost Rider : L’Esprit de Vengeance", ou encore "Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires" (tout un programme). C’était le cas plus récemment pour l’inoubliable "The Darkest Hour"
2. Les blockbusters d’action ou de science-fiction : c’est cette catégorie qui a le plus à perdre. Il y a fort à parier qu’il y aura une fois de plus doublon entre salles 3D et 2D, et c’est là que le public pourrait faire la différence. Car il s’agit de films pour lesquels l’usage du procédé ne semble pas forcément évident, et dont l’ambition artistique est nécessairement limitée.
C’est le cas de "The Avengers", qui suit dans l’écurie Marvel "Thor", "Iron Man" et "Captain America". Ceux qui ne se sont toujours pas remis de l’avalanche numérique flashy de "Thor" ne prendront pas forcément le risque deux fois de ressortir de la salle avec une migraine prononcée. En 2012, il y aura aussi "Men in Black 3", la nouvelle version de "Spiderman", et la suite du "Choc des Titans". De gros clients…
3. Les films mêlant gros budgets et ambition artistique : on parle ici de grands réalisateurs, capables de donner une identité visuelle à un film, et de porter une ambition artistique très élevée, y compris dans un blockbuster. Ces metteurs en scène sont soucieux d’utiliser le procédé à bon escient, dans des cadres adaptés, ici la science-fiction ou l’heroic fantasy.
Il s’agit pour 2012 des ultra-archis attendus "Prometheus" (reboot d’Alien par Ridley Scott avec un casting de dingue), "The Hobbit" (prequel du "Seigneur des Anneaux", avec toujours Peter Jackson aux commandes) et à un autre niveau, "Gravity" (film de science-fiction au pitch très intriguant porté par Alfonso Cuaron, un des metteurs en scène les plus doués sur le marché). Plus original, l’adaptation de "Gastby le Magnifique" par Baz Luhrmann ("Romeo + Juliette" et "Moulin Rouge !"), avec Leonardo DiCaprio sera également de la partie.
4. Les ressorties : attirés par l’odeur du billet vert, certains studios n’hésitent pas à ressortir des classiques en les passant en 3D. Jamais le dernier quand il s’agit de business, George Lucas nous remet une couche de "Star Wars" sur l’année 2012, avec la ressortie des six épisodes. Walt Disney n’est pas en reste avec "Le Roi Lion" et "La Belle et la Bête". Sans parler de la Fox qui en profite pour remettre le "Titanic" à flot, afin de donner aux spectateurs la chance de voir en relief l’iceberg le plus célèbre du XXe siècle
…et ceux qui résistent
Mais tout le monde ne cède pas aux sirènes du relief. Parmi les très gros morceaux de cette année, quelques irréductibles ont choisi de rester en deux dimensions.
C’est le cas du prochain épisode de Batman, "The Dark Knight rises". Le réalisateur Christopher Nolan dispose de suffisamment de poids au sein du système pour imposer ses choix artistiques. Ilrefuse d’utiliser la 3D, et tout le monde l’en remercie.
Parmi les autres films très attendus, le prochain James Bond, "Skyfall" fait aussi partie du wagon, ainsi que le prochain épisode des aventures de Jason Bourne, avec Jeremie Renner qui aura remplacé Matt Damon. Dans un registre d’action pure, c’est encore une fois compréhensible et louable. Plus étonnant, l’adaptation du roman pour ados à succès "Hunger Games" est annoncé également en 2D, alors que sa cible (les jeunes) et son sujet (anticipation) auraient pu en faire un candidat. On ne va pas s’en plaindre…
Autre catégorie à résister farouchement à l’envahisseur : les films d’action bourrins. Cela résulte en partie du syndrome "Fast & Furious 5", bon vieux film idiot en 2D à base de fusillades et de courses en voitures, qui a rencontré un très grand succès l’été dernier au milieu de l’avalanche de films gonflés à la 3D et aux effets spéciaux.
Dans une année particulièrement bien fournie pour le genre, la plupart des œuvres sévissant sur ce créneau ont donc suivi cette logique. Ce sera le cas pour "The Expendables 2", nouvelle réunion d’anciens combattants des années 80. Mais aussi a priori pour le très nuancé "Battleship",adaptation du jeu de touché-coulé sur grand écran par un adepte de la destruction massive. Ou encore pour "G.I. Joe 2", suite ô combien attendue des aventures des célèbres figurines, qui nous avaient bien fait rire en démolissant la moitié de Paris – dont la tour Eiffel – dans le premier épisode.
Comme quoi il est difficile de rapprocher la 3D d’un genre ou d’un sous-genre. On trouve autant de potentiels grands films que de supposés futurs grands nanars dans les deux catégories. Rendez-vous fin 2012 pour savoir si la 3D a de beaux jours devant elle !
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poolfreet 14/02/2012