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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 11:36



Etre témoin de la vie, des combats, des amours, des misères, d’une ancienne gloire du catch, ce n’est pas a priori la proposition la plus excitante de l’année. Mais quand le catcheur s’appelle Mickey Rourke et que le conteur s’appelle Darren Aronosfky, il ne faut pas hésiter une seconde à embarquer. Randy « the ram » Robinson est un vieux catcheur en toute fin de carrière, qui vit misérablement entre les séances d’autographes dans des halls presque vides et des combats qui lui permettent à peine payer sa caravane, il doit d’ailleurs bosser dans un supermarché pour finir le mois…mais un jour, un arrêt cardiaque semble le destiner à prendre  sa retraite. Pour quoi faire ? Que va-t-il devenir ?

Les loosers magnifiques sont un thème en soi dans le cinéma américain, mais il s’agit ici d’un véritable univers de paumés. En premier lieu celui des catcheurs, grands gamins, tendres et attentionnés derrière leurs physiques de gorilles, leurs fringues ringardes et leur maquillage ridicule. Si les scènes de combat sont d’une violence visuelle parfois difficilement soutenable, les vestiaires ne sont que convivialité, félicitations, sourires et excuses. Derrière la description de l’univers a priori ultra ringard du catch, on découvre une sensibilité incroyable, une entraide et un respect mutuel. De manière générale, la plupart des scènes du film touchent une corde différente de l’émotion : la colère de la fille abandonnée, la tendresse de la gogodanceuse,  l’inquiétude touchante du collègue, la profonde mélancolie et la tristesse de Randy. Tous ces personnages à leur tour pitoyables, magnifiques, bouleversants…

Aronosfky a d’ailleurs profondément adapté son cinéma au sujet : les délires visuels ont laissé place à une mise en scène brute et nerveuse sans fioritures et sans effets spéciaux. La première scène suit Randy de dos pendant plusieurs minutes, sans décoller du personnage : on se croirait presque chez les frères Dardenne. Mais l’émotion a remplacé la violence verbale, et le réalisateur fait preuve d’une très grande fluidité dans le déroulement de l’histoire qui permet de ne pas être gêné par ces images un peu artisanales. Cela dit, tout le film tient sur les épaules de Mickey Rourke, qui est presque de chaque plan. Il a su faire confiance à un très grand réalisateur et a accepté de se plier aux contraintes d’une histoire pas loin d’être autobiographique, qui lui donne des scènes difficiles et parfois un peu humiliantes. Il a eu raison : il est absolument extraordinaire y compris dans des scènes très casse gueules, en particulier quand il doit s’excuser pour toute une vie de fautes auprès de sa fille : les mots viennent naturellement, les larmes avec et toute la salle est scotchée. Chapeau.  

Le rythme tranquille de l’histoire s’accélère au fur et à mesure de l’histoire, jusqu’au combat final, véritable morceau de bravoure, et un fin parfaite, mise en musique par une très chouette chanson de Bruce Springsteen. Un film puissant, triste, tendre, élégant, fort et dérangeant, conclu par une chanson du boss : le bonheur !


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Published by DH84
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commentaires

Etienne 28/01/2010 07:52


Oui, j'ai été un peu surpris de ne pas le retrouver plus présent dans les "tops" de fin d'année. C4est vraiment du grand art


Loic 28/01/2010 00:01


Entièrement d'accord, je viens (enfin) de le voir et je crois que c'est un des grands coups de coeur de l'année passée. Ta critique est juste et en résonance de l'émotion du film. Chapeau!