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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 11:35

Le dernier film de Bruno Podalydes avait été annoncé avec tambours et trompettes : pas moins de 23 bandes annonces en ligne, un label spectateurs UGC, quelques critiques dithyrambiques dans de grands médias et surtout un impressionnant aréopage d’acteurs et d’actrices français constitué de 80 rôles parlants. Alors, on a trouvé le film français de l’année ? Pas vraiment mais c’est bien dommage.

Trois lieux, trois actes : une entreprise banale, un square, un magasin de bricolage. Et une banderole pendue à la fenêtre d’un immeuble : « Homme seul » pour faire le lien entre les trois actes. A partir de là, la caméra s’arrête successivement sur tous les personnages, quelques secondes ou quelques minutes. C’est le jeu de l’enchaînement des mini-scènes, qui doivent trouver une cohérence globale pour que le film soit un ensemble entier plutôt qu’un patchwork infini de moments volés. Et c’est là que le casting monstrueux du film le dessert profondément : avant de saisir le sens des dialogues, le pourquoi de l’arrivée des personnages, on passe beaucoup plus de temps à compter les stars et à comparer leurs petits numéros. Thierry Lhermitte apparaît au détour d’un ascenseur, il a le temps de dire trois phrases et il repart. Pourquoi ? Je ne m’en rappelle même plus, j’ai surtout vu Thierry Lhermitte. Et la sensation qu’on assiste à un enchaînement très artificiel envahit assez vite l’intrigue.

Alors il y a un procès qu’on ne peut pas faire à Bruno Podalydes, c’est celui du conformisme et de la facilité. C’est typiquement le film qu’on aimerait adorer : un ton poétique et léger, une très grande originalité, des dialogues parfois savoureux, bref, une œuvre exigeante et hors des sentiers battus. Mais on sent le film un peu écrasé par son propre concept, et qui se résigne finalement à enchaîner tranquillement les numéros les uns après les autres, en changeant de décor de temps en temps. Le fil rouge crée par cette banderole est bien léger, et devient surtout beaucoup moins mystérieux à  mesure que le film avance, et ne suffit pas à maintenir l’intérêt du spectateur en éveil. Et si les petites piques contre la vie moderne sont parfois bien senties, elles sont trop discrètes pour donner du corps au récit. Quant au grand délire promis dans le magasin de bricolage, il réserve effectivement de bons moments, mais avec un humour décalé et sophistiqué, pas toujours facile à intégrer.

Alors faute d’une cohérence globale, on peut se lancer dans la comparaison des scénettes qui oscillent entre le réussi (souvent) et le totalement raté (parfois). Pour les flops, on pourra citer notamment un numéro absolument pas drôle de Pierre Arditi et une apparition inutile d’Amira Caesar. Pour les plus drôles, on remerciera les « vieux » Claude Rich, Michel Aumont et Michael Lonsdale ainsi que la merveilleuse caissière du magasin du bricolage. On passe donc deux heures, partagé entre l’amusement, l’intérêt, mais aussi l’ennui. Finalement, la scène que j’ai trouvée la plus marquante est celle jouée par deux inconnus, deux ados qui se regardent longuement avant qu’une claque ne parte, puis un baiser. Pas de star, pas de numéro, juste de la colère, de la tendresse et de la poésie.

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Published by DH84
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