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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 08:14



Voilà un épisode rarement mis en lumière de l’histoire de la résistance, celle du réseau Manouchian. Des étrangers, communistes, juifs pour beaucoup, très jeunes pour la plupart, qui deviennent la terreur des soldats allemands dans Paris avant le débarquement. Communiste et arménien d’origine, Robert Guédiguian sentait que cette histoire lui était destinée mais avait d’abord cherché à la faire réaliser par quelqu’un d’autre. Il aurait peut-être dû.

Le film vaut surtout par un rappel historique percutant et nécessaire : les méchants du film sont les agents de police français, pas forcément les soldats allemands. Et les messages radiophoniques puants qui tournent en boucle sur les radios françaises rappellent que le régime de Pétain n’était pas seulement celui mis en place par l’occupant. Et il est toujours nécessaire de parler de la Resistance, de s’en souvenir. Mais si le fond a une valeur incontestable, la forme est laissée à l’abandon et très vite, le film devient poussif, voire ennuie. 

Parce que tout ici rappelle un téléfilm qui aurait parfaitement sur place sur France 2 un samedi soir. D’abord avec ce sujet historique passionnant et méconnu, mais qui ressemble à s’y méprendre à à peu près tous les autres sujets sur la résistance : les attentats, les uniformes allemands, les pelotons d’exécution et les femmes en pleurs. C’est dur, mais c’est aussi extrêmement prévisible. Ensuite, un manichéisme qui ne passe pas bien dans un contexte pareil : les hommes et les femmes du réseau sont tous beaux, nobles, généreux, désintéressés et courageux. Les flics français sont tous d’ignobles collabos violents et racistes, cyniques au mieux, sadiques au pire. Dans un tel tableau, le seul personnage un peu ambigu de flic joué par Jean-Pierre Daroussin est une bouffée d’oxygène. Mais ce qui est vraiment désagréable, c’est la désinvolture (ou la timidité) avec laquelle le réalisateur s’est saisi du sujet, à la manière d’un faiseur qui a reçu une commande pour la télé : la mise en scène est plate, le rythme mou et l’interprétation en roue libre, ce qui donne des hauts (Simon Abkarian est très bien) …et des bas (les premières scènes de Robinson Stevenin n’auraient jamais du arriver en salle de montage, et le chef de la police française semble sorti d’un Walt Disney). Pourquoi se battent-ils ? Comment sont-ils arrivés là ? Quelle est leur organisation ? Quel effet leurs actions ont-elles eu sur l’occupant ? Quelle est l’influence de l’internationale communiste ? Ces thèmes sont à peine effleurés… Peu habitué à des budgets de cette ampleur, Guédiguian semble le plus souvent subir son histoire plutôt que la diriger. Dommage.

Alors il y a quand même du cinéma dans ce film : une première scène très réussie, et une intensité dramatique qui finit par arriver dans les dernières minutes lorsque tous les membres du réseau rencontrent leur destin tragique. Difficile de rester insensible au sort dramatique de gamins de moins de 20 ans torturés et exécutés et qui méritent probablement qu’un film leur soit dédié. Mais si Guédiguian a cru qu’une charrette entière de bonnes intentions suffisait à faire un grand film, il s’est fourvoyé. Cela suffit à honorer un devoir de mémoire, et cela donne envie de se replonger dans l’Histoire de Resistance, c’est déjà ça. 

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Published by DH84
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