17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 12:50



A l’origine, il y a un escroc. Pas un virtuose de l’arnaque, pas un braqueur de casino à Vegas, un simple escroc un peu minable qui écume les villes du Nord pour récupérer du matériel de chantier qu’il revend au noir. Et puis un jour, il s’arrête dans une ville encore très marquée par l’arrêt d’un chantier d’autoroute tout proche. Les habitants croient que la société de construction a envoyé quelqu’un pour reprendre les travaux, ils l’accueillent comme un roi, avec les repas, les réunions…et les pots de vins. L’escroc se prend au jeu et relance tout seul le chantier…

Ce fait divers assez hallucinant s’est réellement passé, et il sert de matériau au nouveau film de Xavier Giannoli. Mais celui-ci à l’intelligence et la finesse d’aller beaucoup plus loin que la simple chronique de fait divers. Le film est riche, très riche, traite beaucoup de thèmes et de problématiques, sans oublier d’être surprenant et même parfois passionnant. Le cadre, d’abord : ce Nord pauvre et sinistré, où beaucoup de gens se débattent avec un taux de chômage trop élevé et une misère sociale et affective omniprésente. Dans cet endroit, qui a été abandonné par les entreprises et par l’état, on est prêt à tous les sacrifices pour accueillir à bras ouverts n’importe quelle personne qui apporte un semblant d’espoir. Ironie ultime, c’est la Maire du village qui se plaint des trahisons et des délocalisations sauvages, qui déroule le tapis rouge au nouvel escroc qui va se servir de la ville et de ses entreprises. Constat social et politique sévère, mais qui va être balayé par l’énergie incroyable qui va se créer autour du nouveau projet : tout le monde met la main à la pâte, la ville est en branle-bas de combat, et l’escroc devient un héros malgré lui. C’est là que le film d’arnaque bifurque vers quelque chose de beaucoup plus profond : le petit mec minable devient un chef de chantier, il est aimé, respecté, et il en oublie presque que tout cela est complètement irréel. Dans cette douce folie, il ne parvient plus à s’arrêter et, au fur et à mesure que son entreprise tombe en lambeaux, lui y croit de plus en plus. Le besoin de reconnaissance et le besoin des autres en général qui passe avant l’arnaque et le pognon : le message est simple, mais tellement bien illustré qu’il passe tout seul. Et dans ce cadre gris et triste, certaines scènes sont à la limite d’onirisme, quand tous les engins de chantiers offrent un défilé au nouveau héros local, où quand celui-ci loue des installations immenses pour éclairer le chantier, et finir le travail à temps avant que tout ne s’arrête.

Le film est donc passionnant, très bien filmé mais surtout parfaitement interprété. Si François Cluzet, dans le rôle principal, reste volontairement transparent et fantomatique, il est entouré par une magnifique galerie de seconds rôles. Stéphanie Sokolinski et Vincent Rottiers en jeune couple à la limite de la rupture crèvent littéralement l’écran, et Emmanuelle Devos est une fois de plus magnifique, dans un rôle pourtant très commun au départ. Même si le film souffre de quelques longueurs dans la dernière partie, le retour final sur terre est à la fois difficile, beau, tragique et totalement dingue. La scène de confrontation avec le directeur de la vraie entreprise de construction, complètement ébahi par cet hurluberlu qui lui annonce avoir construit deux kilomètres d’autoroute, est extraordinaire. « Et elle va ou cette autoroute ? » lui demande-t-il « Je ne sais pas » répond le héros. 

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