Une voiture en route vers un mariage. Dès les premières images, les relations sont dysfonctionnelles. Les parents, les enfants, tous jouent un rôle. Et avant d’avoir rencontré le reste de la famille, déjà, les secrets, les malaises, les histoires douloureuses…
On pouvait s’attendre, en particulier au vu du prestigieux casting, que le film se dirige tout droit vers la comédie grinçante, comme l’écrasante majorité des films nuptiaux qui se respectent. Il n’en est rien. C’est le drame qui prédomine du début à la fin. On rit peu, on est souvent triste, on a souvent mal pour tout le monde. Le jeune réalisateur Sam Levinson charge donc considérablement la barque, au fur et à mesure que le film avance. Et décide de prendre la douleur, le drame et la méchanceté de face. Avec une sauvagerie parfois assez stupéfiante, mais sans voyeurisme. Tout se craquelle, mais à une vitesse stupéfiante qui ne laisse pas au spectateur le temps de prendre ses repères avant de se retrouver confronté à une telle somme de tristesse et de rancœur.
Dans un déni quasi complet de la comédie, le film dispose d’un angle d’attaque intéressant et assez original. Mais pour tenir un cadre et une tension de cette ampleur deux heures durant, il faut pour un réalisateur disposer de trois cartes maitresse : une mise en scène en béton armé, des personnages bien écrits et d’excellents acteurs. On pourra dire que Sam Levinson dispose au moins des deux derniers, ce qui permet au film de tenir relativement bien la distance. Grâce à des comédiens plutôt à l’aise dans des rôles compliqués, de Demi Moore qui signe un retour incroyable, au diabolique Ezra Miller en adolescent paumé, l’acteur donnant décidemment dans le feel good movie quelques mois après le tout aussi joyeux We need to talk about Kevin.
Un premier film assez étonnant donc, qui se donne des allures de Festen indépendant américain. Mais pour se hisser à la hauteur de son modèle danois, il manque à cet another happy day une ampleur de mise en scène que le jeune réalisateur n’a pas (encore) dans son jeu. D’où une impression parfois de pilotage automatique, là où la multitude des personnages se serait bien prêtée à davantage de virtuosité et d’éclat la caméra en main. On sera indulgent avec un jeune homme de 27 ans, qui rate également quelques scènes d’hystérie où il ne parvient pas à donner le bon tempo à ses comédiens.
Malgré ces défauts évidents, l’ensemble est donc plutôt une bonne surprise. De cette scène inaugurale dans la voiture jusqu’à une fin prophétique qui donne raison au nihilisme forcené d’Ezra Miller. Et qu’on lui donne la note que l’on souhaite, Another happy day est un film qui vous suit bien après que les lumières se soient rallumées. Pas mal pour un premier film.
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