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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 07:21

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ARTICLE INITIALEMENT PUBLIE SUR LEPLUS 

 

La plupart de ceux qui, comme moi, avaient subi avec horreur les 170 minutes de l’abominable Cheval de Turin s’étaient promis de ne pas retourner de sitôt dans une salle pour une séance d’équitation. Et pourtant, quand c’est Steven Spielberg qui invite, on se laisse tenter. Coincé entre deux grands projets (Les Aventures de Tintinet le biopic à venir d’Abraham Lincoln), ce passage par la guerre de 14-18 pouvait apparaître comme une parenthèse dans l’agenda de ce metteur en scène à part dans la paysage hollywoodien. Surtout en se basant sur un livre pour enfants plutôt inoffensif (lu – forcé et contraint – en 4ème).Et en fait de parenthèse, ce "Cheval de guerre" est plutôt une somme de l’œuvre de Spielberg, une sorte de synthèse qui réunit le temps de cette grande fresque les deux visages du réalisateur. Le Spielberg des enfants, celui d’E.T., de Hook ou d’A.I. Mais aussi le Spielberg des adultes, celui du Soldat Ryan ou de La Guerre des Mondes. Une œuvre déséquilibrée, parfois tâtonnante, mais souvent passionnante.

 

Cela commence comme n’importe quel film pour enfants : une ferme, un cheval, un jeune homme, l’adversité qui sera vaincue par le rêve et la volonté, démultipliés par une complicité unique créée entre eux deux. Mais le drame n’est jamais loin, et la guerre va précipiter l’animal sur le front, dans les tranchées françaises, et le faire passer de mains en mains par la suite. Cet enchaînement de rêves et de cauchemars suivra le protagoniste équidé tout le long du film. Dès que l’histoire semble s’apaiser, la douleur et la violence s’éloigner, celles-ci reviennent de plus belle. On pourra être réservé sur le traitement enfantin, facile et parfois un peu kitsch de l’histoire et de ses personnages, particulièrement ce jeune héros un peu mièvre ou ce grand-père français dont la joie et la tristesse ne sonnent pas toujours juste. Particulièrement quand l’ensemble est enrobé dans une photo et des décors très "Walt Disney" qui tranchent terriblement avec la dureté du conflit à venir.

 

Mais Spielberg reste un metteur en scène passionnant, épique, visionnaire. Et il sait nous plonger dans l’enfer de la Grande Guerre avec une maestria sans égal, lors d’une charge héroïque que l’on sent perdue d’avance, et surtout dans une reconstitution incroyable du no man’s land des tranchées, le temps d’une fuite éperdue aux frontières de la folie. Le réalisateur sait nous clouer dans notre fauteuil, nous emmener vers des scènes à la puissance évocatrice insoupçonnée. Un cheval qui fait face à un tank, deux soldats ennemis dans les barbelés, le matin qui se lève doucement dans les tranchées emplies de gaz, les balles qui sifflent et les corps qui tombent. Il filme l’horreur et l’absurdité jusqu’à son paroxysme, cauchemar bien réel qui surgit et qui ne semble plus pouvoir s’arrêter. Un film pour enfants où rôdent la peur, la mort, la solitude et le désespoir. Qui est aujourd’hui capable de nous offrir un tel voyage dans une salle obscure ?

 

Mais il faut bien ramener tout le monde à la maison et le film ne saurait s’arrêter sur cette vision d’enfer et de désolation. On ressort donc les fermes anglaises, la lumière exagérée du couchant, la valise de bons sentiments et les rebondissements faciles. Une suite de scènes prévisibles, agréables mais hautement inoffensives. Comme si Spielberg, bien conscient que son film trouve sa plénitude et sa force au cœur des tranchées, ne saurait pas abdiquer face à l’horreur du monde, et voudrait encore faire croire à tout le monde que, dans la vie comme dans les livres, la fin de l’histoire peut être aussi simple qu’un retour à la maison. Même si elle est moins forte, il semble penser qu’elle reste plus belle.


 


 

 

 


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Published by DH84
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commentaires

Cmovies 29/02/2012 10:46

Entièrement d'accord avec votre critique, je m'attendais à un côté très larmoyant et nous sommes face à un très beau film qui va bien plus loin que ça !
Je vous invite à lire mon avis sur croquemovies.blogspot.com ! Ou nous rejoindre sur facebook à Croque movies !