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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 07:14

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Il y a des films que l'on souhaiterait couper en deux. Où l'on voudrait pouvoir convaincre le lecteur de nous croire sur parole et de quitter la salle après trente minutes. Car les premières séquences de "Flight" valent assurément le détour. Même si la bande annonce révélait en détail l'intrigue, les scènes qui mènent au crash de cet avion, et bien sûr l'accident en lui-même, sont époustouflantes.

En vieux routier de l'Entertainment hollywoodien, Robert Zemeckis n'a besoin de personne pour faire de cet instant dramatique et héroïque un pur moment de bravoure cinématographique.

Le pilote et l'hôtesse se réveillent passablement beurrés dans un hotel quelques heures avant le décollage. Il s'en remet une couche à peine monté à bord. Le décollage est poussif, les turbulences d'une rare violence, et le pilote frime pour mieux impressionner son jeune cadet. Puis l'avion pique. Une chute interminable, dense, bluffante de maitrise visuelle et sonore. Et tant pis pour Paramount qui aura probablement quelques difficultés à arrondir les recettes du film en le proposant aux compagnies aériennes.

 

Et après ? Plus rien, ou presque. Le crash devait être un prétexte, presque un prologue pour nous projeter vers le vrai thème du film : le parcours d'un homme acculé, à la fois salaud et héros, qui se perd dans ses pathétiques efforts pour s'extirper d'une situation impossible. Mais c'est presque à un film sur l'alcoolisme auquel on noue convie ensuite. Avec une succession de tableaux un peu tristes, particulièrement longs, et dans lesquels l'apparition d'une girlfirend addict de substitution fait office de cache misère. On en est réduit à guetter l'arrivée des seconds rôles, entre un John Goodman aussi déconneur que dans Argo, ou encore le formidable Don Cheadle qui n'a pas changé de costard en sortant du plateau de "House of lies". Et à regarder la chute lente et pénible de ce pilote, incapable de regarder la réalité en face. L'héroïsme américain passé à la moulinette ? Le rapport à l'information ? Des idoles que l'on brûle ? Non, simplement un pauvre type embarqué malgré lui dans un cirque dont on ne perçoit jamais la puissance.

 

On espère à un moment que le film va devenir vraiment cynique. Que le pilote junkie va pousser jusqu'au bout l'imposture en se cachant derrière son exploit. On y croit presque quand John Goodman débarque une nouvelle fois sur les Rolling Stones ("Sympathy for the Devil", tout en finesse) pour livrer sa came et remettre sur pied un antihéros qui ne tient plus debout. Mais l'imposture ne dure pas. Dans un retournement de situation aussi fin que le fuselage d'un 747, les grosses ficelles du film américain moralisateur reviennent à la charge, pour emballer la rédemption dans un paquet cadeau, avec en prime un insupportable discours moralisateur. Et même une scène de retrouvaille tellement lourde et prévisible qu'on se demande comment les producteurs ont peu laisser passer une énormité pareille.

 

Dans ce demi ratage, surnage Denzel Washingon, qui parvient avec son charisme et sa finesse habituelle à nous faire croire à ce personnage pourtant dessiné à gros traits. Un acteur brillant, que l'académie des oscars persiste à honorer de nominations alors que son dernier très bon film ("Inside Man") remonte à bientôt 7 ans. Une énigme de comédien, qui s'évertue depuis quelques temps à n'apparaître que dans des petits films, en mode gentil ou en mode méchant, mais souvent pour distribuer des coups de tatanes.

Un sentiment de gâchis, à l'image de ce film d'abord tellement palpitant... qu'il ne survit pas à son propre crash. 

 

 

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Published by DH84
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commentaires

simulator 16/09/2014 10:10

J'ai eu pas mal de mal avec ce film pour aller jusqu'au bout...on est quand même loin du meilleur de Zemeckis, Forest Gump, Seul au monde...

Slowking 21/02/2013 14:45

J’adhère à cette critique, même si je trouve que faire des 30 premières minutes du film, la scène de crash, la partie la plus intéressante, est plutôt réducteur.

Comme vous l'avez dit, la force du film se trouve aussi dans ses seconds rôles et les personnages qu'ils campent: un syndicaliste et un avocat dont on ne sait pas quelle sont vraiment les
motivations entre leur intérêt personnel et la protection du pilote, et un John Goodman en "gros copain" junky et rock'n roll absolument hilarant.

Ce film tombe encore une fois dans le travers de l’autoglorification auquel nous a habitué Hollywood, et qui semble se raviver encore d’avantage aujourd'hui. Je pense, là aussi, au final d'Argo, où
on dresse un portrait des agents de la CIA comme des héros humbles et droits, avec, en prime, Ben Affleck enlaçant sa femme avec un drapeau américain en arrière plan, sans parler de Lincoln ou zero
dark thirty, qui, malgré quelques éléments scéniques délurés, nous dressent, en conclusion, un portrait d'une Amérique victorieuse sur ses ennemis infâmes.

Tout cela se retrouve dans Flight: alors que la fin aurait pu nous offrir une petite critique acerbe et ironique du culte du héros à l’Américaine, en lavant un pilote coké et bourré de tous
soupcons devant une assemblée de juristes pudibonds, nous avons le droit à un énième discours moralisateur sur la nécessité d’être droit, de reconnaître Dieu et d'aimer son fils qui est, au final,
est la seule chose qui compte dans la vie d'un honnête homme.

Je ne dirais donc pas qu'il faille arrêter de regarder ce film après 30 mn, mais plutôt au bout de deux heures, au moment où Denzel Washigton, défoncé et ivre mort, sort de sa chambre avec les
lunettes noires pour aller affronter le conseil, confiant en sa victoire.