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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 10:04




Judd Apatow est le grand gourou de la nouvelle comédie américaine. Avec sa bande de potes acteurs, qu’il recycle film après film, il produit (souvent) ou réalise (de temps en temps) des comédies un peu décalés dont le succès parfois mondial lui a donné un statut et une réputation à tenir. Parmi les plus célèbres, 40 ans toujours puceau et En cloque mode d’emploi : un mélange savoureux de morceaux de vie, d’une vulgarité assumée mais aussi d’un certain conformisme. Adulé pour ces films d’ados un tantinet régressifs, le réalisateur a décidé de passer dans l’âge adulte puisqu’après le dépucelage et la grossesse non désirée, le sujet de Funny People est la mort.

Un comique très célèbre apprend qu’il souffre d’une forme de leucémie qui ne lui laisse que peu d’espoirs de survie. En allant traîner dans les clubs miteux de stand-up de sa jeunesse, il engage un jeune acteur raté pour être son assistant, auteur... et souffre douleur. Bizarrement, la maladie semble affecter beaucoup plus ce dernier que le vrai malade, solitaire, blasé et résigné.

Ce pitch ne ressemble vraiment pas à du Judd Apatow, mais alors pas du tout. Par son thème, mais aussi par son traitement et sa durée (2 heures et demie quand même…) C’est un peu comme retrouver votre petit cousin de 20 ans, que vous aviez laissé cinq ans en arrière vous saoûler avec des bite-couille en rigolant de ses boutons d’acné et de ses flatulences, et qui vous parle maintenant de sujets sérieux et graves avec une grande conviction. Les gens grandissent, ça arrive. On n’assiste donc pas ici à une comédie à proprement parler, plutôt un curieux mélange de comédie dramatique et de mélo cynique. Le héros est un salaud fini, blasé et pourri par le pognon, qui exploite sans vergogne l’admiration infantile d’un comique raté pour son idole. Il va mourir et il s’en fout, il n’a plus rien à perdre. Et si la vulgarité et les références en dessous de la ceinture sont bien présentes, elles sont presque vaines et tristes. Un humour glacial, magnifié dans une séance d’anthologie chez le pauvre médecin, que les deux acolytes pourrissent avec une application toute professionnelle. Une heure et demie durant, on assiste donc à un vrai beau film adulte, triste et mature, peuplé de winners en train de tomber et de magnifiques loosers, avec en toile de fond la description d’un monde où la célébrité est le graal, mais où les célébrités qui défilent sont des abrutis (la palme au joli caméo d’Eminem)

Et puis patatras. Un événement imprévu vient faire basculer le scénario, et pousse le héros à se remettre en quête de l’ex-amour de sa vie, mariée à un australien un peu loufoque, avec qui elle a eu deux enfants. Le réalisateur convoque sa femme et ses deux filles, plus Eric Bana et son plus bel accent de pouilleux australien, et roule ma poule. Le film grave, sensible et novateur devient en quelques minutes un vaudeville niais et arriéré, où rien n’est intéressant et où tout sonne faux. On se demande ce qui est le plus idiot, si c’est ce scénario de mauvais mélo ou cette fin tellement prévisible et tellement conformiste. Comment peut-on mettre par terre en trois quarts d‘heure un film qui avait si bien fonctionné jusqu’ici ? On a failli croire au passage réussi de Judd Apatow dans la catégorie des films « sérieux » mais il a manifestement encore besoin de grandir un peu… et d’arrêter par pitié de faire tourner sa famille.  

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Published by DH84
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