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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 08:13

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“The financial industry is a service industry. It should serve others before it serves itself.” Christine Lagarde

 

La tempête déclenchée par la crise financière de 2008 se ressent encore. Nourris par un flot ininterrompu d’informations, de témoignages et de documentaires, nous avons pu prendre conscience depuis qu’il existait un monde parallèle où l’on pouvait vendre ce que l’on ne possédait pas, spéculer à la baisse sur le produit qu’on conseille à son client et se payer des centaines de millions de dollars par an pour le faire. Ou comment une industrie nécessaire au développement économique et à la levée de fonds s’est progressivement transformée en un vase clos totalement hors de contrôle qui a menacé l’équilibre complet du monde. Rien que ça…

Contrairement à Michael Moore qui avait tenté d’apposer à cet événement son style, sans y réussir, le documentariste Charles Ferguson ne cherche pas spécialement à jouer au plus malin mais plutôt faire preuve de pédagogie en expliquant les mécanismes, puis en confrontant un à un  les quelques protagonistes qui ont accepté de se faire interroger. Avec un panel d’interviewés d’une exceptionnelle richesse, le réalisateur déroule donc l’histoire de cette crises en plusieurs parties : comment nous en sommes arrivés là, la bulle du début des années 2000, la crise elle-même et la situation d’aujourd’hui.


Comment sous Reagan et Clinton d’abord, puis chez Bush Jr, les milieux financiers ont été encouragés, puis se sont infiltrés dans la vie politique, et dans les deux grands partis en s’opposant systématiquement à toute forme de nouvelles régulations, et en faisant tomber les barrières déjà établies. Dans un pays où l’impôt et la régulation reste un problème sur le principe pour une partie non négligeable de la population, cela s’est fait sans trop de mal. Un simple exemple : l’homme qui a géré la crise de 2008 en tant que ministre de finances était précédemment Directeur Général de Goldman Sachs, soit un des principaux responsables. C’est dire l’étendue du problème. C’est là  que le film est à la fois passionnant et pertinent : il met des visages et des noms sur les responsables. Cela cesse d’être un  vague problème « à cause des banques » et devient un système organisé, qui a des ramifications partout dans l’administration américaine.

Le documentaire s’avère donc pédagogique, mais aussi parfaitement rigoureux. Ce n’est pas à proprement parler un film pour prendre connaissance du problème : le propos est très rapide, très synthétique et la version originale sur fond blanc n’aide pas beaucoup… plusieurs spectateurs semblent d’ailleurs rester sur le carreau. Ce film s’adresse plutôt à ceux qui connaissent les fondements du système et qui veulent à la fois en comprendre les rouages précis, et surtout voir les principaux acteurs en témoigner.


Ce sont d’ailleurs les séquences les plus incroyables : les mensonges proférés dans aucune gène à l’écran (le réalisateur les contredit preuve à l’appui) par ceux qui étaient censés prévenir la crise et la gérer. Et puis il y a  ces hésitations, bafouillemments, pertes de mémoire subites des lobbyistes qui finissent pas se tourner en ridicule. Tout cela pour nous livrer en fait un véritable thriller : même si le suspens n’est pas là, le rythme, la musique, trépidante, les images d’hélicoptères, tout ce chapelet de bads guys qui préparent leur casse, la police qui les regarde sans rien faire, les autorités complètement dépassées quand elles ne sont pas complices. On se sent plus proche de Die Hard ou de 2012 que des lundis de l’économie. C’était le but.

Rigoureux et intelligent sur le fond, fluide et parfaitement monté sur la forme. Le documentaire de l’année. 

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Published by DH84
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