22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 07:45

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En ces temps de campagne électorale intensive, le film tombe à pic. Le sujet de l’immigration et de l’intégration n’est pas (encore) devenu un enjeu électoraliste aussi brûlant qu'il l'a été, même si les sorties rythmées de notre charmant Ministre de L’intérieur montrent que le sujet reste sensible, questionnant, qu’il cristallise des peurs et des angoisses. D’où l’intérêt de se plonger dans cet univers du point de vue des premiers intéressés : de jeunes adultes, enfants d’immigrés, qui sont nés en France et vivent dans une des ces fameuses cités sensibles. Des jeunes adultes en perte de repères, en décrochage du système qui sont progressivement récupérés par des islamistes fondamentalistes. Jusqu’à ce que le pire advienne.

 

Alors, ce film réalisé par un documentariste fin connaisseur de la « banlieue » et de son univers va-t-il nous faire le coup de la victimisation et de la faute globale qui retombe sur la société ? Et bien oui, en grande partie, mais en l’argumentant. En présentant des trajectoires crédibles, vécues, des personnages nuancés et surtout divers. Ce n’est pas parce que l’on parle d’un phénomène de société qu’il faut renvoyer une image monochrome, Philippe Faucon l’a bien compris et appuie (un peu trop) régulièrement pour montrer qu’on ne peut pas typer une seule catégorie de personnages. Même si les événements décrits ont une portée hautement réaliste. Car l’acteur Rashid Debbouze (le frère de Jamel) l’a expliqué à plusieurs reprises : cet écolier modèle issu des cités qui ne parvient pas à trouver de stages en raison de son code postal et de son nom à connaissance magrébine, ce n’est pas de la science fiction, c’est un réalité. La mécanique implacable s’enclenche alors : rejet, dégoût, mise au ban, puis basculement vers une forme de fanatisme finalement assez réconfortante. Que ce soit un étudiant entouré et formé, un jeune jeté en dehors de chez lui ou un « gaulois » en recherche mystique, le piège se referme sur chacun d’entre eux. Il prend l’image réconfortante d’un recruteur islamique convaincant : qui n’élève pas la voix, qui ne perd pas le contrôle, et qui se contente de remuer avec vigueur le couteau dans les plaies du modèle républicain. 

A côté, la mère abattue par son travail, et le frère qui a dépassé ce stade semblent démunis. Leur miroir est important car il porte le message de la responsabilité individuelle, au-delà de la responsabilité collective. Et le film ne se cache pas derrière son petit doigt. Victime ? Oui. Responsable ? Oui également. 

 

Le film manque de temps, (sûrement parce qu’il manque de budget) ce qui produit un effet d’accélération un peu déplaisant, puisqu’il fait passer trop rapidement les trois protagonistes du statut de jeunes paumés à celui de potentiels kamikazes.   Mais qu’importe puisque l’ensemble est artistiquement très cohérent, porté par une patte documentariste très adaptée et des acteurs intéressants. La désintégration ne possède pas l’étoffe artistique d’un grand film de société, ou d’un film phénomène (comme a pu l’être La Haine il y a quelques temps). Mais propose un constat à la fois juste et alarmant. Qu’il n’a jamais été aussi urgent de partager.  

 


 

 

 


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