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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 08:52

EtoileNoire.gif EtoileNoire.gif

 

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Et voici le grand vainqueur des oscars de cette année, une machine calibrée pour la pêche aux récompenses produite par les champions toute catégories du lobbying cinématographique : les frères Weinstein.

Voyez un peu : un film historique qui parle de guerre, un bègue contrarié (et Dieu sait comme les oscars raffolent des handicapés), un patriotisme exacerbé et de grands acteurs en roue libre. Soit tout ce qu’adore la vénérable académie, jamais autant à l’aise que dans ses bonnes vieilles pantoufles…Et le film dans tout ça ?


C’est la crise monarchique au Royaume-Uni. L’héritier légitime et bientôt roi Edward VII s’est amouraché d’une femme déjà mariée. En tant que chef de l’Eglise Anglicane, c’est tout à fait inconcevable. D’où les pressions de plus en plus intenses du gouvernement pour qu’il abdique en faveur de son frère. Mais celui-ci est frappé d’un bégaiement qui l’empêche de prendre la parole en public, et cherche désespérément LE coach qui  lui permettra de surmonter ce handicap. Surtout que la deuxième guerre mondiale approche…

 

A partir de là, tout ce qui avait été promis sera déroulé : la première rencontre difficile, la thérapie, le rejet de la thérapie, le retour parce que finalement c’est pas si mal, l’amitié, le stress de l’échec, et finalement de grand discours à la nation. Un beau moment, solennel et émouvant, à grand renfort de musique qui monte crescendo et de tableaux de fidèles sujets de Sa Majesté pénétrés par l’émotion. Et puis ? Et puis rien, c’est tout.

Le discours d’’un roi est un film thérapeutique dans la grande tradition américaine, qui ne cherche jamais à sortir de la grande route tracée par le cahier des charges. Tout est tellement balisé, préparé, évident, sans surprise (« parlez moi de votre enfance ») que l’ensemble en devient pesant, et parfois même ennuyeux. Difficile d’être captivé par un scénario dont on voit arriver tous les rebondissements un quart d’heure à l’avance, et dont le dénouement ne fait absolument doute dès la première image du film. Le réalisateur se met au diapason en proposant une caméra vive, qui plâtre avec une grande efficacité l’ensemble des séquences obligatoires du film, mais qui n’ira jamais surprendre le spectateur confortablement installé dans son fauteuil.

 

La reconstitution est impeccable, rien à dire de ce côté-là non plus, il ne manque pas un bouton de manchette à la garde robe royale. Pour donner un peu de vie, reste donc les acteurs qui font effectivement tous un joli numéro, de Colin Firth parfaitement crédible à Geoffrey Rush épatant en orthophoniste dingo en passant par Helena Bonham Carter qui trouve son meilleur rôle depuis des lustres. Même les seconds rôles (Edward VII, Churchill) sont excellement interprétés par de grands acteurs. On croit aux personnages, on peut être touché par leurs peurs et leurs détresses, mais ils évoluent dans un écrin tellement serré que leurs efforts ne payent pas toujours. L’émotion surgit donc régulièrement grâce au talent des interprètes mais au final, si l’ensemble n’est ni désagréable, ni antipathique, il est simplement d’une banalité et d’un académisme total. Idéal pour une bonne soirée familiale au coin du feu pour se rappeler une tranche d’histoire et s’endormir tranquillement dans son fauteuil

Qu’un film aussi lisse ait piqué l’oscar du film et du réalisateur à la merveille de modernité et d’inventivité qu’est The Social Network montre que, même à Hollywood, on sait rester profondément conservateur…

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Published by DH84
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commentaires

Chris 02/03/2011 11:33


ah Etienne... une si grosse perche que tu emmanches si facilement... on voit que tu t'ennuies ferme en ce moment.

Bref, je comprends tes critiques, moi j'ai aime, comme j'avais aime Social Network. Pour moi les deux reussissent a te monter un film de deux heures a partir d'une histoire qui tient en deux
lignes.


Autant je pense que Fincher meritait plus l'Oscar du Realisateur que Hooper, autant pour SC que pour l'ensemble de son oeuvre, autant je te trouve injuste envers ce dernier. Je trouve qu'il propose
une realisation parfois originale pour un film d'epoque, en particulier ces nombreux plans de dos, un peu a la Black Swan mais sans tomber dans le piege de la camera epileptique. Le film est
convenu, je te trouve aussi mechant un peu gratuitement (genre "meuhh y'a pas de suspense...") mais je ne trouve pas qu'on s'y ennuie. Et tant mieux pour Colin Firth.


Chris 02/03/2011 10:37


Je pense que tu es trop influence par ce que tu lis et ecoute.

Sans savoir que c'est l'Oscar du meilleur film, les freres Machin, que ca a deplu aux peines-a-jouir du Masque, que c'etait le combat des "Anciens contre les Modernes", tu aurais aisement mis 4
etoiles a ce film.


DH84 02/03/2011 11:13




Mon cher Chris, je vais te laisser le clavier, tu as l'air de savoir beaucoup mieux que moi ce
qu'il aurait fallu que j'écrive si j'écoutais pas le Masque et la Plume (qui, au passage, étaient à 50/50 sur ce coup-là) .


OK, On ne peut jamais être sur à 100% de l'influence des éléments extérieurs sur soi avant
d'aller voir un film...mais quand on le malheur d'être d'accord avec la minorité qui aime pas, on est forcément sous influence élitiste... facile !


Ceci étant : 


- je me suis emmerdé. Franchement. Et ça, je signe et je ressigne, c'est un film assez creux,
qui manque cruellement de contenu.


- j'ai rien contre les films old school, mais quand il y a du souffle et de l'envie, pas quand
ça recycle éternellement le même truc. Et du souffle, à part un peu dans les discours, on repassera.


- je suis apparemment pas le seul à être passé à côté, mais c’est quand même loin d’être la majorité, même
chez les critiques huppés


- Les frères Weinstein ont poussé des films excellents (Gangs of New-York) voire accompagné des films
cultes (Pulp Fiction) donc un film qu’ils produisent a plutôt un a priori sympathique


Bref, y a apparemment plein de gens qui ont beaucoup apprécié ce film. Tant mieux pour eux. Mais pas
moi.