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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 06:19

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Ils étaient attendus au tournant, c'est peu de le dire. Après le magnifique et poétique Mammuth, qui avait vu la résurrection inattendue d'un Depardieu émouvant comme jamais, les deux compères grolandais Delépine et Kervern avaient fait saliver la place avec leur projets de road-movie circulaire punk porté par deux des acteurs les plus barrés du marché. Attendu en sélection officielle en Cannes comme une reconnaissance, le film a finalement été rétrogradé dans la sélection "Un Certain regard". Ce qui s'explique amplement au vu du résultat. Car, loin de retrouver une amplitude aussi forte que dans Mammuth, Le grand soir est un petit film sympathique mais vraiment mal foutu, qui tient davantage du projet d'étudiants punks en cinéma que du film de festival.

 

L'univers est pourtant réussi, il est même fascinant. De cette zone commerciale aux lotissements où les gens vivent les uns sur les autres en passant par des routes départementales défigurées par les panneaux, les réalisateurs installent leur film dans un paysage de désolation, idéal pour condamner la laideur de la vie moderne et l'idiotie de la consommation frénétique. Depuis Groland, on sait qu'ils ont le talent pour transformer des paysages et des environnements hyper familiers en endroits décalés, on bascule presque dans le film de science fiction quand le héros fait une utilisation pour le moins osée des sculptures de rond point. Car au delà ce le montrer, on utilise ce décor. On utilise les halls des grandes surfaces, les lettres géantes des enseignes, les parkings abandonnés.

 

Le tout avec mise en scène et montage au diapason : haché, séquencé, décadré, caméra à l'épaule, sur une image un peu trouble qui montre que les deux grolandais ne sont pas prêts à devenir des réalisateurs "propres" pour rentrer dans la famille des auteurs reconnus. On doit leur rendre ça : ils n'ont pas probablement pas pris la grosse tête et ne sont pas prêts à céder aux sirènes du conformisme. Mais peut-être auraient-ils du au moins se prendre un peu plus au sérieux.

 

C'est Delépine lui même qui a fini avoué le degré d'impréparation du projet  « On rend notre travail à l’arrache tout en disant On a Depardieu, c’est maintenant ou jamais ! Poelvoorde et Dupontel sont d’accord ! alors que le scénario n’est pas complet. C’est un Rubik’s cube auquel il manque des petites cases mais on fonce quand même. »Dont acte. Ce n'est pas un film, c'est un rubik's cube. Avec quelques faces amusantes, comme quand nos deux compères traversent un lotissement ou lors de cette géniale tentative d'embauche à la Grande Récré.

Avec aussi un manque de cohérence narrative qui fait beaucoup de tort  l'ensemble. Sans colonne vertébrale, sans orientation et presque sans but, l'histoire de ces deux allumés devient effectivement une collection de tableaux colorés interchangeables, dont on finit par franchement décrocher une fois la surprise de la mise en place atténuée. Et ce n'est pas le passage de guest-stars (comme dans n'importe quelle comédie française basse de plafond) qui risque de nous faire raccrocher les wagons. Ni les dialogues dont la qualité globale peuvent vraiment prêter à discussion. Inévitablement, l'ensemble finit par tourner à vide faute de carburant, malgré tous les efforts d'un Dupontel égal à lui-même pour assumer avec fracas sa métamorphose en punk à chien. Son compère Poelvoorde (dont on sait qu'il peut être un grand acteur "sérieux") est beaucoup plus intéressant, dans un personnage sensible et nihiliste qui parvient à amuser et à  émouvoir, et pas seulement grâce à sa transformation physique, loin de son habituel numéro de guignol beauf.

 

Delépine et Kervern avaient donc un sujet en or, de très bonnes idées de mise en scène, un univers foutraque et des comédiens parfaits. Il ne leur a manqué qu'un peu (ou beaucoup) de discipline et d'ambition scénaristique pour faire tenir leur projet debout, et dépasser le stade du film expérimental d'étudiants. Le no future narratif est décidemment un exercice bien compliqué...

 

 





 


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Published by DH84
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