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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 07:50

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ARTICLE POSTE SUR LEPLUS 

 

Versailles, 14 juillet 1789. Le château se lève et s’affaire. Les domestiques et les servantes se préparent, courent rejoindre leurs maitres et maitresses avant leur lever. Un jour presque comme les autres en somme, même si il n’y pas de mystère : le monde que l’on nous invite à contempler est un monde sur le déclin, au bord du gouffre. Le choix d’afficher la date dès le début du film n’est pas neutre, le cinéaste ne croit pas à la surprise, et souhaite que l’on prenne conscience directement que tout ce que l’on va voir est voué à disparaître.

 

Et pourtant, c’est à travers les yeux naïfs et incrédules de Sidonie, une lectrice de la Reine, que la grande et la petite histoire vont défiler sous nos yeux. A travers ce regard, Benoit Jacquot sait capter comme personne les incertitudes, les doutes et les surprises d’un changement d’époque. Et la grande idée du film est de ne jamais rien montrer des événements extérieurs, d’en faire un bruit, une rumeur, une clameur qui perce parfois les murs et les grilles d’un château où la royauté vit des derniers instants. Car si les adieux à la reine semble dédié au personnage de Marie Antoinette, le personnage principal du film est tout autre : c’est le château de Versailles. Ce n’est pas le moindre des succès du film que d’avoir réussi à  recréer cette ambiance si particulière : le château s’active, parle, fourmille, semble parfois vivre d’une activité débordante, bouillonnante. Alors que dans les alcôves, c’est une atmosphère feutrée, discrète, polissée. A travers ces deux pans d’un monde qui agonise, Jacquot filme la fin d’une hypocrisie en mettant tous ses personnages à l’épreuve de l’adversité.

Il y a ceux qui comprennent, ceux qui fuient, ceux qui s’obstinent, ceux qui ne veulent pas y croire. Cette vision d’une foule qui se presse de nuit dans un couloir pour chercher des nouvelles et tenter de percer les dernières rumeurs vaut tous les films catastrophes. L’ensemble est d’ailleurs visuellement divin, que ce soit dans l’éblouissement de la lumière dans le parc, ou dans ces couloirs versaillais illuminés à la bougie, la reconstitution poudrée prend une chair incroyable sous l’œil de Benoit Jacquot. Sa mise en scène est fluide, précise, intelligente. Quelle finesse, quel talent pour rendre chaque petite scène intéressante.

 

Dans ce magnifique écrin, trois portrait de femmes : une lectrice passionnée et à fleur de peau, une reine capricieuse et une courtisane ambitieuse : soit une forme particulière de triangle amoureux. Ou finit l’admiration, où commence l’amour, à quel moment cet affection les perdra ? Benoit Jacquot est suffisamment malin pour ne pas répondre directement à ces questions, pour ménager une forme de suspens, en particulier à travers cette d’abord très naturelle, puis hautaine et capricieuse. Car au final, Marie-Antoinette ressemble terriblement à sa légende de personnage tragique,  même si elle est filmée dans le confort et le calme du petit Trianon.

Autour d’elle, une foule de gens qui cherchent à plaire, à garder leur place. Soit autant de secondes rôles magnifiques (quelle interprétation !), au détour d’une sombre chambre de bonne, dans une cour baignée de soleil ou à l’intérieur une chambre encombrée par les valises de la souveraine. C’est un vieux bibliothécaire qui attend la fin avec une résignation plein de tendresse. Ce sont des aristocrates malicieux en fin de circuit qui gardent leur dignité même dans les moments les plus tragiques. C’est cette vieille noble qui s’accroche à son projet de broderie alors que le monde s’effondre autour d’elle.

 

Et au milieu ce champ de bataille, la caméra ne quitte jamais Lea Seydoux, la lectrice. Elle irradie le film de sa présence timide, de sa dureté apparente et de son admiration naïve. Elle est magnifique dans l’amour, mais elle l’est encore plus dans la déception et dans la trahison. Le monde s’effondre autour d’elle, mais cela ne semble pas avoir beaucoup d’importance à ses yeux. Beaucoup moins en tous cas, que le regard de sa souveraine. 


 


 

 

 


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Published by DH84
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