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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 13:43

ARTICLE INITIALEMENT POSTE SUR LEPLUS

 

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En quelques mois, on aura vu passer dans les salles obscures le très flippant J.Edgar Hoover ("J.Edgar", de Clint Eastwood), la délicieuse Margaret Thatcher ("La dame de fer", le pénible et indigeste film de Philippa Lloyd), Claude François dans les prochains jours ("Cloclo", de Florian Emilio Siri) et bientôt Marylin Monroe ("My week with Marylin").

 

Un genre très couru d’adaptation d’histoires vraies donc, qui a la particularité d’être concentrée sur un personnage. Un genre plutôt bien placé dans les honneurs de fin d’année, ce type de films étant régulièrement récompensé, en particulier pour l’interprétation.

 

On ne compte plus les pelletées de médailles attribuées à des incarnations de personnes réelles (Meryl Streep oscarisée, comme Marion Cotillard pour "La Môme", Jamie Foxx pour "Ray", on en passe), la transformation et le jeu de l’acteur peut épater le spectateur, surtout s'il s’éloigne de son image habituelle pour ressembler vraiment à son modèle. Et ceci, même si le film n’est pas renversant...

 

Mais contrairement aux idées reçues, c’est un genre dont le succès est nécessairement mesuré, et qui ne fabrique pas des cadors du box-office : aucune trace d’un pur biopic dans les 50 premiers du box-office, que ce soit en France ou aux Etats-Unis.

 

On y trouve quelques "histoires vraies" qui peuvent s’en rapprocher comme "Titanic", "Le Grand Bleu", "Intouchables" ou encore "La Passion du Christ", mais pas de biographie centrée sur un personnage unique. Cela ne veut pas dire que les biopics ne rencontrent pas de succès, juste qu’ils ne jouent pas dans la cour des très grands en terme de résultats.

 

 


 

Si artistiquement parlant, le défi de se confronter à un personnage historique peut motiver les cinéastes les plus renommés, l’avantage évident d’un biopic est qu’il n’a pas à se fabriquer de notoriété.

 

Le publicitaire ne part pas de zéro quand il doit convaincre le chaland. Il lui suffit de faire résonner dans la tête du potentiel spectateur des images et des sons qui vont lui être familiers, un concept parfaitement maitrisé par l’équipe de promotion de "Cloclo", qui balance ses plus grands succès à plein tubes dans la bande annonce.

 

L’autre point d’accroche est souvent un petit goût de controverse ou de polémique, qui ne fait jamais de mal non plus, un jeu parfaitement joué par les promoteurs de "La dame de fer" qui ont réussi à monter en épingle un film pourtant complètement dépourvu de message politique.

 

 

 

 

Mais dans le résultat, les biopics sont régulièrement décevants, et n’ont pas si bonne réputation, en raison de deux risques majeurs : l’académisme et de la prévisibilité.

 

Académisme car il n’est pas rare que l’équipe ait peur de son sujet et cherche à la traiter en restant dans les conventions et les passages obligés de ce type d’exercice : réalisme des décors, exactitude de la retranscription, mise en valeur facile des réussites et des doutes de l’interlocuteur. A l’arrivée, c’est sympathique mais souvent d’une grande platitude.

 

Dans le genre, on peut citer "Ray" de Taylor Hackford, "Coco avant Chanel" de Anne Fontaine et même "La Môme" d’Olivier Dahan. Des films auxquels ont ne peut pas reprocher grand-chose sinon d’être absolument sans surprise du début à la fin. Et si à une époque, éclater la narration avec des allers-retours dans le temps pouvait être pris comme une audace de montage, ce n’est vraiment plus le cas.

 

Ce risque est doublé par une autre quasi-constante : la prévisibilité. Le spectateur à peu près renseigné connaît l’histoire, son début et surtout sa fin puisque l’exercice s’applique le plus souvent à des personnes décédées, et qui ont rarement bien fini. De quoi faire basculer même les meilleurs cinéastes dans le train-train. Le "Harvey Milk" de Gus van Sant était certainement très réussi, mais beaucoup moins profond que les autres films de son prestigieux auteur, car complètement dénué d’effet de surprise.

 

Connaissant les pièges, un certain nombre de cinéastes tentent donc de contourner la difficulté en cherchant un angle différent, qui pourra surprendre ou dérouter. Ce n’est pas toujours réussi mais ça a le mérite de l’originalité.

 

Clint Eastwood n’a pas totalement réussi dans J.Edgar mais son film est interpellant ? Pour raconter la vie d’Aung San Suu Kyi dans "The Lady", Luc Besson a tenté une approche par le mélo, ce qui a bien fait rire certains, alors que le film se tient plutôt bien (ce qui est déjà une belle performance pour son auteur).

 

 

 


Toujours à la recherche d’un angle nouveau, on voit fleurir également plusieurs représentants d’un nouveau genre : le biopic politique clownesque. Le film cherche alors à se frotter à une historie plutôt récente, sur laquelle il manque de recul, le seul et unique culot étant de représenter et de caricaturer à l’écran des personnages encore en fonction, ou encore au moins vivants.

 

Les Etats-Unis ont eu "W" d’Olivier Stone sur George W. Bush, nous avons eu l’amusant "La Conquête" sur Nicolas Sarkozy. Deux films avec une analyse politique plus que minimaliste, mais avec un grand concours d’imitation, où nombre d’acteurs connus viennent avec bonheur faire les zouaves pour ressembler à une version outrancière de leur modèle. Pas désagréable, mais complètement vain…

 

 

 

Mais les bons, voire les excellents biopics existent-ils ? Oui ! 

 

Souvent grâce à un réalisateur doué, qui réussit à mettre en image son angle d’attaque décalé. Le meilleur exemple récent est celui de "Gainsbourg vie héroïque", de Joan Sfarr. Venu de la BD, le réalisateur réussit à sortir des chemins tracés en insufflant de la poésie et du rêve dans la vie de Gainsbourg.

 

J’ai eu quelques petites réserves sur le film, qui a quand même été à la fois très réussi et très bien accueilli par le publique et la critique. Toujours en France, "L’instinct de Mort", premier épisode du biopic de Jacques Mesrine était un très bon exemple de réussite, avant que la deuxième partie ne retombe directement dans l’académisme et le manque de souffle.

 

Le biopic est également très réussi quand les producteurs ont la bonne idée de mettre un génie derrière la caméra. Milos Forman a donné au genre deux de ses plus belles réussites avec "Amadeus" et "Man on the Moon", deux films incroyables de puissance et de maitrise, tout en restant incroyablement focalisés sur leur personnage principal, respectivement Mozart et Andy Kaufman.

 

 

Autre exemple marquant : "Ali" grâce au talent incomparable de Michael Mann, qui a bien compris que ce n’est pas tant la vie de celui que l’on filme qui est passionnante, mais bien ce qu’il véhicule, à quoi il fait écho, comment il a marqué l’histoire et ce qu’il reste de son héritage. Dans ces cas-là, le biopic s’élève au dessus du coup marketing pour devenir une œuvre cinématographique à part entière, qui est de plus parfaitement cohérente avec celle de son auteur.

 

Un autre metteur en scène ayant bien compris cela est Olivier Assayas, qui a signé avec "Carlos" ce qui est pour moi le meilleur biopic de ces dix dernières années, soit une série de trois fois deux heures ramené en un film de trois heures (mais le format séries est préférable) consacrée à la vie et l'"œuvre" d’un des terroristes internationaux les plus marquants du XXème siècle.

 

Si le travail de reconstitution et de décors est parfait, il reste cependant au service d’une histoire, sans essayer d'en mettre plein la vue. Face à un personnage aussi complexe et aussi controversé, Assayas a accompli une sorte de miracle en posant un regard fin sur une époque, sur des questions politiques et sur des événements historiques marquants.

 

En plus d’un acteur principal exceptionnel, "Carlos" dispose d’un rythme puissant, nerveux et déroutant, au service d’un propos artistique et politique complexe, qui pousse à la réflexion, et donne envie d’en savoir plus, et cela malgré les six heures de l’ensemble.

 

L’anti "Dame de Fer" en quelque sorte. Et on en redemande ! 

 

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Published by DH84
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