Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 08:34

EtoileNoire.gif EtoileNoire.gif

 

petits-mouchoirs.jpg

 

« Mais il va dormir ou ? » « Dans son cul ! »

Après le triomphe public et césarisé de Ne le dis à Personne, Guillaume Canet s’est senti l’étoffe d’un grand réalisateur. Un peu trop grand sûrement. Car derrière le succès (mérité) de son deuxième film, il y avait surtout le très efficace scénario d’Harlan Coben et la présence de François Cluzet. Pour la suite, le jeune réalisateur a donc sorti l’artillerie lourde en s’aventurant dans le domaine de la comédie dramatique longue et ample, avec casting poids lourd, bande originale de luxe et budget massif. Le tout enrobé dans la très grande ambition de faire un film populaire de référence, inspiré de sa propre vie. Et sa propre vie, c’est une bande de copains qui part en vacances au Cap Ferret en laissant leur pote gravement blessé seul à l’hosto seul pour quinze jours. Au programme : ski nautique, bonnes bouffes et engueulades.


On est en pleine comédie dramatique, dont l’objectif est de mobiliser en faisant à la fois rire et pleurer, équilibre ô combien difficile à trouver, surtout quand on part au feu chaussé d’aussi gros sabots. Malgré tout, la partie « comédie » est assez réussie, surtout grâce à une modestie des personnages et un casting d’enfer. Chacun trimballe un stéréotype pas très fin, mais efficace : le psychorigide, l’ado attardé, la hippie humanitaire, le coureur de jupons. Et cela fonctionne bien, il faut dire que c’est pratique quand ses potes s’appellent François Cluzet, Gilles Lelouche et Marion Cottilard. Bon camardes, ils passent les plats avec tout leur talent et leur métier et, grâce à des dialogues percutants et un certain talent pour créer des petites scènes décalées, l’ensemble est plutôt plaisant. On rit beaucoup et on rit souvent, ce qui n’est déjà pas mal. Cerise sur le gâteau, Benoit Magimel parvient à être juste et touchant dans un rôle assez « sérieux » et donne au film une agréable touche grave et décalée .


Malheureusement, Canet se sait pas s’arrêter à sa comédie sympathique et légère et s’oblige à être sérieux, à travers le fantôme de l’accidenté qui poursuit chacun des personnages, et des problèmes existentiels que chacun semble se poser, entre les névroses, les hésitations, les échecs amoureux ou l’incapacité de grandir. Le film s’avère alors incroyablement statique, incapable de traiter correctement à la fois la comédie et les drames. A force de tirer jusqu’à la dernière goutte chaque situation, Canet scénariste oublie de bouger, d’évoluer, d’emmener son film quelque part. Les personnages sont tels qu’ils sont et ne bougent pas d’un iota, et cela pendant les très longues 2 heures 34 du film..


Et quand Canet s’aventure dans le vrai cinéma, à travers une belle idée de vidéo où chacun se revoit un an avant, il ne peut s’empêcher de passer à la blague potache à la seconde d’après et de faire vomir Gilles Lelouche en pleine overdose d’huitre sur l’écran. Pas une fois, mais trois fois. La belle idée est vite passée, on revient vite à l’urgence de faire rire. On peut mettre ce manque d’équilibre et de cohérence sur le compte de la maladresse, du manque de finesse, de tact. La générosité est là mais le talent manque pour tenir correctement un objet d’une telle longueur et d’une telle ampleur, surtout sur avec des illustrations aussi puissantes que le ski nautique, la baignade ou le poker.


Le réalisateur tricote donc sans fin sur les mêmes situations, et le temps s’étire progressivement jusqu’à laisser au loin la bonne comédie potache entre potes pour devenir chiant et moralisateur. Il ne se rattrapera pas avec une pirouette finale totalement à contre courant , comme obligé de se précipiter vers la sortie avec un tire-larme assez indigne où il force sur le ralenti et convoque Cat Stevens et Janis Joplin pour être bien sur de faire pleurer dans les chaumières et de récupérer son label « film populaire ». Guillaume Canet est tombé dans l’ornière des réalisateurs qui rencontrent le succès trop vite : il s’est terriblement pris au sérieux. Et vu le taux de remplissage de la salle et les premier retours du public, c’est malheureusement parti pour durer.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by DH84
commenter cet article

commentaires