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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 08:18

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Le croisement deux géants, à plus d'un siècle d'intervalle. Lincoln a profondément marqué l'histoire américaine, et sans tomber dans l'hagiographie, personne ne peut nier que ce président a eu un impact inégalé sur son époque et sur la construction de son pays. Steven Spielberg a indéniablement marqué l'histoire de son art (et de son industrie), et là encore, malgré des hauts et des bas, on ne peut ignorer l'héritage unique d'un réalisateur qui a su se transformer en grand metteur en scène avec les années. Faisant partie de la (petite) caste des artistes n'ayant pas grand chose à prouver, il est louable que Steven Spielberg tente encore, essaye, ne s'enferme pas dans la facilité. Car même si le sujet peut paraître classique et connu, le traitement qui lui est réservé est bien celui d'un grand film ambitieux, pas celle d'une biographie filmée grand public (ce qui est une manière polie de d'acter la qualité toute relative des biopics un peu trop formatés)

 

Ce n'est donc pas un biopic habituel, et une bonne partie du public risque de ne pas s'y retrouver de ce côté-ci de l'Atlantique.

Ce n'est pas un hasard si Spielberg a convoqué pour l'occasion le grand auteur de théâtre Tony Kushner, car la plupart de l'action se passe derrière des portes fermées, au coin du feu. Il y aura quelques grand moments, quelques envolées lyriques (le sujet s'y prête tellement bien), mais "Lincoln" est avant tout un film sur la politique, et en particulier le courage politique. Et tout cela ne se passe pas sur les champs de bataille de la guerre de sécession, mais dans les alcôves de la Maison Blanche et dans les couloirs du Congrès, sublimés pour l'occasion par la magnifique lumière de Janusz Kamiński.

 

Le but n'est pas de retracer la vie complète de ce président si particulier, mais de se concentrer sur les derniers mois de sa présidence et de sa vie. Malgré ce centrage temporel marqué, c'est la lenteur qui prévaut et même parfois le calme et la sérénité, au milieu d'une maison blanche régulièrement envahie d'invités de toutes sortes dedans ou dehors (frappant parallèle avec le bunker de luxe qu'elle est aujourd'hui)

L'occasion pour Spileberg de s'arrêter dans les détails sur ce qui a été une véritable joute politique, avec ses rebondissements, ses surprises et ses espoirs. Une vision réaliste, et à double tranchant : la face glorieuse avec les discours, la victoire des idées , et celle beaucoup moins brillante  avec la corruption et l'intolérance. De grands hommes, des petits, des visionnaires et des minables, des progressistes et des conservateurs : une vrai musée animé et passionnant de la politique, qui reste d'une furieuse actualité. Et montre avec toute la gamme de nuances nécessaire que jamais une décision ou un acte politique n'est facile, évident... et gratuit.

 

Cette longueur apparente et ces dizaines de personnages se fondent donc dans un film incroyablement vivace, vivant, mouvant. Avec une grande patience et une confiance absolue dans son film, Spielberg atteint une forme de plénitude dans sa mise en scène et son montage, qui lui permet de rendre passionnante la moindre scène, la moindre anecdote. Car derrière les grandes manœuvres, il ne reste qu'un homme, qui n'aime rien tant qu'à s'asseoir avec ses soldats, ou raccompagner son fils au lit.

 

A des années lumières de toute démagogie, Daniel Day Lewis parient mieux que personne à illuminer ces moments. A réussir la miraculeuse symbiose entre le géant de l'histoire et l'homme fatigué. Par sa présence, son intensité, et son extraordinaire travail sur la voix, l'acteur irlandais joue décidemment dans une autre dimension, pour laquelle on risque de manquer de superlatifs.

Comme pour le reste d'un casting à rallonge d'une variété étonnante, dans lequel on retiendra l'immense Tommy Lee Jones et le trop rare David Strathairn. Seule fausse note dans cet ensemble par ailleurs très harmonieux, l'insistance d'un scénario de s'attarder sur la famille du président, là où les personnages de Sally Field et Joseph Gordon-Levit n'apportent pas forcément grand chose.

 

Long, complexe, dense, le film n'est pas forcément des plus aimables. Mais ce moment d'histoire réussit là où tant d'autres ont échoué, à nous transporter pendant plus de deux heures, à nous émouvoir, à nous faire réfléchir, et à nous donner envie d'ouvrir un livre d'histoire. Une manière idéale de clôturer un mois de janvier pendant lequel le cinéma américain nous aura décidemment beaucoup gâté, que ce soit d'autres leçons d'histoires plus iconoclastes, plus récentes ou plus poétiques...

 

 

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Published by DH84
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