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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 09:25



Jean-Pierre Jeunet est un inclassable, un original, et un réalisateur assez unique. Avec, puis sans son collègue Marc Caro, il a réussi à bâtir une filmographie cohérente et originale, entre science fiction, poésie et fantastique. Auréolé de très grands succès critiques et publics, chacun de ses films est dorénavant attendu au tournant. Et le fait d’inclure Dany Boon dans le projet ne fait pas franchement retomber la pression.

Bazil, dont le père a sauté une mine antipersonnel, est victime d’une balle perdue qui lui perfore la tête. Il survit, mais avec une bombe à retardement dans le cortex, il perd son boulot, et se retrouve à la rue. Avec une bande de joyeux drilles rencontrés par hasard, il se met alors en tête de faire payer la facture aux deux grosses compagnies d’armements responsables de ses malheurs, dirigés par deux patrons rivaux et un tantinet stressés.

Les gentils contre les méchants. Les saltimbanques contre les marchands d’armes. Les petites gens contre les puissants. Ce film ne se veut pas nuancé : à la manière d’un conte de fées, tout y est innocent, naïf, exagéré, et très manichéen. Pourquoi pas.  De plus, Jeunet s’est lancé de difficile défi d’ancrer son film dans la poésie et le rêve, mais aussi dans le réel le plus triste et le plus dur. Les décors fantasques, les personnages décalés, les inventions bizarres sont là comme marque de fabrique du réalisateur. Mais cette fois, c’est aussi dans un Paris très réel qu’il situe son action : les quais de Seine, les brasseries, les magasins, les clochards, et même le siège de TF1 sont clairement mis à l’image. Soit un mélange parfois à la limite de l’acrobatie entre un univers décalé à la Delicatessen et une chronique un peu engagée sur la révolte des petits contre les puissants. On ne peut que saluer l’ambition de départ. Malheureusement à l’arrivée, le film laisse de marbre : on ne ressent aucune excitation, aucune émotion, aucune passion.

La où Amélie Poulain avait fait vibrer des millions de spectateurs avec deux bouts de ficelle, cet opus se laisse regarder tranquillement, mais sans qu’aucune image ne vienne interpeller ou troubler le spectateur enfoncé dans son siège. La faute à qui ? Peut-être à cette mise en scène beaucoup plus sage que d’habitude, un peu plan-plan et parfois sur pilotage automatique. Peut-être à ce montage parfois à la limite du brouillon, qui empile les scènes en prenant des raccourcis un peu limites (Bazil se prend une balle, perd son boulot, devient clodo et se fait adopter par sa nouvelle famille qui l’adore : 10 minutes, montre en main). Peut-être à ce scénario, qui, sous couvert de récit fantastique et naïf, ne développe aucun enjeu majeur, aucune surprise, aucun suspens et dont l’absence de nuance finit par lasser. Peut-être à des personnages qui se veulent profondément originaux et cocasses, mais qui ne tiennent pas la distance surtout quand on se rappelle cette extraordinaire galerie de portraits qu’était Le Fabuleux Destin d’Amelie Poulain. Peut-être à une direction artistique correcte, mais très loin du niveau habituellement atteint par les films de Jeunet. Bref, si tout est propre et correct, rien ne brille particulièrement, rien ne semble sortir de la norme.

Alors on s’amuse quand même un peu avec les deux marchands d’armes hystériques, on rigole doucement des tirades idiomatiques d’Omar Sy, et on se rend compte que Dany Boon peut être un très bon acteur « sérieux » quand il est dirigé. C’est déjà ça, mais pour un film événement, c’est quand même une vraie déception.

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Published by DH84
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