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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 20:06
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Que faire quand on a tout gagné ? Avec The departed, Martin Scorcese a fini par obtenir sa pluie d’oscar et la reconnaissance finale de ses pairs. C’est la dernière chose qui manquait à un réalisateur reconnu par beaucoup comme un des metteurs en scène américains les plus importants du cinéma. Pas à la retraite pour autant, ce bon vieux Martin enchaîne dans un style fondamentalement différent mais toujours avec sa muse Leonardo DiCaprio, qui lui a plutôt porté chance jusqu’ici.

Au large de Boston en 1954, deux inspecteurs se rendent sur Shutter Island pour enquêter. Dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité, une patiente s’est littéralement volatilisée. Mais l’évasion paraît suspecte : la chambre était fermée à clé, les surveillants n’ont rien vu, et l’île est à des dizaines de kilomètres des côtes, empêchant quiconque de tenter une traversée. Et en prime, l’équipe soignante et les surveillants ne semblent pas spécialement enclins à une pleine collaboration, alors qu’une violente tempête frappe l’ile.

Pour apprécier Shutter Island, il faut oublier que l’on va voir un film de Martin Scorsese. La première incursion de cet immense cinéaste dans le cinéma fantastique est une vraie réussite, pour un peu que l’on accepte de se laisser prendre par la main et emmener là où on n’a pas l’habitude d’aller avec lui. En effet, l’intérêt du film est bâti sur deux axes qui sont à l’exact opposé de tout ce qui a fait l’essence de sa filmographie jusqu’ici.

D’abord, un scénario en béton armé adapté d’un bouquin de Denis Lehane (auteur, entre autres, de Mystic River), rempli de révélations, de rebondissements et de mystères. On est dans le pur cinéma fantastique où l’objectif est de faire perdre ses repères au spectateur, de le faire douter à chaque plan, chaque image. Qu’est ce qui est vrai, qu’est ce qui est rêvé ? La scène est-elle dans le présent ou est-ce un souvenir ? Le personnage à l’écran est-il de chair ou est-ce une hallucination ? Il faut un talent certain pour rester sur le fil pendant les deux premières heures, en en révélant suffisamment pour maintenir l’intérêt éveillé, tout en ne trahissant pas les rebondissements à venir, qui permettent au final de revoir l’histoire d’un angle différent.

Ensuite, une ambiance fantastique de chaque instant. Des dialogues jusqu’aux décors en passant par une envahissante musique classique, tout concourt à créer une atmosphère d’angoisse et de mystère. C’est aussi là que la maestria du réalisateur fait merveille : chaque plan, qu’il soit réel ou onirique est merveilleusement bien filmé, les acteurs donnent tout et le montage au rasoir vous cloue à votre siège. On pourra regretter quelques excès (les références un peu appuyées aux camps de concentration, le kitch de certaines séquences de rêve) mais on peut difficilement rester indifférent à la puissance du film, surtout qu’après un début lent et nonchalant, il prend toute sa cohérence lors d’une dernière heure qui est une sacrée claque dans la gueule. Un mot sur le casting : tous les acteurs sont formidables, à commencer par DiCaprio qui prend la bonne habitude d’être capable de porter un film sur ses épaules.

En conclusion, il y a ici beaucoup de choses qui peuvent rendre aigris les inconditionnels de Scorsese et de son cinéma rationnel et adulte, mais qui ravira les amateurs de cinéma fantastique qui n’ont pas été servis par une telle somme de talents depuis bien longtemps. 

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Published by DH84
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