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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 08:49

EtoileNoire.gif EtoileNoire.gif

 

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Après avoir plutôt réussi son Watchmen, et avant de s’attaquer à la légende ultime Américaine (Superman), Zack Snyder s’est trouvé un sas en portant à l’écran un projet qui lui tenait à cœur, qu’il a lui-même écrit. L’histoire alambiquée d’une jeune fille abusée par un beau père sadique, qui l’envoie chez les fous pour se débarrasser d’elle. L’occasion pour elle d’explorer son esprit, ses rêves et ses fantasmes, tout en cherchant son chemin vers la liberté.


On pouvait craindre le produit d’un Zach Snyder privé d’un scénario solide ou de références marquées. Jusqu’ici, le réalisateur avait réussi à mettre en images l’œuvre de quelqu’un d’autre, en s’appuyant sur une base déjà suffisamment riche pour n’avoir « que » à y accoler son sens visuel. Ici, son scénario est ambitieux, intéressant, mais très maladroit et le film donne parfois l’impression d’être écrasé par son propre sujet et de se servir des scènes de combats comme exutoire. Car une fois arrivés à l’asile, l’héroïne s’invente plusieurs mondes dans lesquels elle se lance dans une quête accompagnée de quatre consœurs d’enfermement.

 

La superposition des univers, la part de rêve et de fantasme, le rapport onirique à la liberté, tout cela est passionnant mais à condition de le porter et d’assumer cette part de mystère, qui est ici souvent ensevelie sous les crépitements des balles ou les coups de pieds dans gueule que les cinq bimbos distribuent à tour de claquette. D’autant que le claque visuelle attendue n’est pas au rendez-vous : les images sont particulièrement travaillées, mais pour un résultat très froid, artificiel, très proche de l’esthétique de n’importe quel jeu vidéo moderne. Reste donc le style de Zack Snyder, qui ferait passer Danny Boyle pour un cinéaste minimaliste, à base de ralentis, de plans improbables et de mouvements de caméras incessants. On apprécie surtout quand cette agitation est mise au service de séquences visuellement abouties comme le château ou la guerre en Allemagne, séquences bourrines mais plutôt enthousiasmantes. On ne peut pas dire autant de l’attaque du train qui fait un beau flop, ou du premier combat à un contre trois qui flirte dangereusement avec les frontières du ridicule.

 

Au final, l’équilibre entre les séquences posées et les scènes de combat n’est pas bon, et l’on a l’impression de se retrouver dans un étrange jeu vidéo (auquel on ne joue pas) en attendant patiemment le passage au niveau suivant, sans qu’aucun événement ne vienne perturber cette paisible marche en avant. Et surtout pas la bande originale dopée aux classiques revisités qui renforce cette appartenance à l’univers du jeu.

Jusqu’au dernier quart d’heure où Snyder range ses effets de caméra, son pistolet à peinture et ses armées numériques pour se consacrer à des événements, des personnages, des sentiments, des émotions… et tout s’anime. Ce passage permet même de relire le film un peu différemment, voire d’ouvrir plusieurs interprétations. Il redonne de l’intérêt à un ensemble qui en semblait bien dépourvu, et sort ces poupées de leur monde artificiel pour en faire des êtres humains à part entière. Mais c’est un peu tard…

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Published by DH84
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commentaires

Fred 02/02/2012 02:31

J'ai trouvé ce film intellectuellement brillantissime, à l'égal du David Lynch de Mullholand drive. L'idée de l'ange gardien, double protecteur est formidable, et ce contenu psychanalitique
brillant ne gêne en rien le plaisir de la baston et d'un univers visuel magnifique. Zack Snyder est un génie.

DH84 02/02/2012 08:31



Hélas, trois fois hélas, je ne suis vraiment pas d'accord. Et l'idée même de comparer ce Sucker Punch à Mullholand Drive m'a donné quelques boutons...


Je ne dénie pas à Snyder un grand sens visuel, j'avais trouvé 300 rigolo, et avait franchement apprécié Watchmen. Mais là, il se perd....



[Sentinelle] 05/04/2011 11:41


Là où je te rejoins, c'est à propos de la musique non seulement classique, mais aussi beaucoup trop sombre, sans saveur, en totale contradiction avec les images. Comme souvent, le thèmes ont été
beaucoup mieux choisis pour la bande annonce. Après, pour le côté jeu vidéo, Snyder n'est pas un pionnier à ce niveau là (je penses par ex à wanted)et cette tendance ne va que se confirmer dans les
prochaines années.


DH84 05/04/2011 16:13



Ca on est d'accord, et c'est plus souvent un vecteur de catastrophe que de chef d'oeuvre.


Ca a très bien marché avec Matrix, et ça a été (pour moi) un vrai désastre avec Wanted