16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 16:36
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Comme souvent, le nouveau film de Jarmusch laissera beaucoup de monde sur le carreau. Peut-être encore un peu plus que d’habitude. Après un détour par un cinéma plus accessible avec Broken Flowers, le réalisateur délivre un film extrêmement abstrait, volontairement hermétique, presque ésotérique. On retrouve le constructeur d’ambiances, patient et nonchalant, mais cette fois-ci le style n’est pas là pour habiller le film, il EST le film. D’ailleurs tout ce qui peut se rapprocher d’une construction classique est abandonné : il n’y a pas de noms, quasiment aucun ressort dramatique, presqu’aucune logique. A peine une progression chaloupée vers ce qui semble être le but du film mais que l’on ne découvre que dans le dernier tiers. Et quand un ressort dramatique apparaît (comment va-t-il faire pour entrer ?), Jarmusch ne l’expédie même pas, il le gomme, l’oublie. Comme un pied de nez à un public avide de scénarios en béton et de tension dramatique.

On suit donc itinéraire à travers l’Espagne d’un fantôme dont on comprend très vite qu’il est un professionnel engagé pour un job. De ville en ville, de train en train et de café en café, il avance inexorablement vers sa cible en rencontrant des intermédiaires qui doivent le guider vers son but.

C’est lent, incroyablement lent, parfois à la limite du sur-place. L’accumulation de scènes qui ne semblent servir à rien du tout peut interroger, déranger. Alors pourquoi s’infliger deux heures de contemplation souvent silencieuse si le film n’a pas de but ? D’abord pour la réalisation : Jarmusch est un véritable orfèvre, chaque plan est un spectacle en soi, d’une maitrise incroyable et d’une précision millimétrée : il faut voir les miracles qu’il parvient à faire rien qu’avec un décor d’aéroport par exemple Et le reste suit : les décors dans cette Espagne fantomatique, la musique planante, les personnages lunaires, tout semble sortir d’un rêve. Cet ensemble provoque un effet hypnotique duquel il est même difficile de sortir. On sent bien que le temps s’égrène avec une lenteur infinie, mais le spectacle est tellement plaisant, tellement envoutant que l’on n’est pas forcément pressé que le rêve prenne fin. Les quelques dialogues qui parsèment le film sont complètement hors-sujets, mais ils obéissent tous à la même logique. Au début, on ne comprend pas grand-chose mais on se laisse peu à peu prendre au jeu et on finit même par trouver quelques repères dans cet univers.

Cela dit, si l’exercice est visuellement magique et accompagné d’un casting cinq étoiles, il faut quand même reconnaître qu’il est un peu vain. On pourrait souhaiter que Jarmusch ne se perde pas en route trop longtemps et mette l’incroyable talent qui est le sien au service de films qui ont d’autres ambitions que l’exercice de style, aussi brillant et aussi original soit-il. Car rassembler une constellation aussi incroyable de talents (y compris une équipe artistique exceptionnelle) pour tourner un petit film plaisant et free style relève quand même plus du caprice que de l’acte artistique. Quand on se rappelle de la merveille absolue qu’était Ghost Dog par exemple, on est en droit d’attendre un peu plus d’un réalisateur de se trempe.

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