Après avoir été un des plus grands réalisateurs du monde (Le Parrain et Apocalypse Now pour ne citer les plus connus) et un long temps d'arrêt, Francis Ford Coppola connaît une deuxième jeunesse , dans ce qui ressemble de plus en plus à une middle-life crisis artistique. Certains s'achètent des porsches, Francis fait des films délirants et complètement libres, en indépendance totale du système. Son aura lui permet encore de rassembler des castings convenables, et de livrer des drôles de films, toujours à la limite du ciné art et essai, traversées par une grande mélancolie et par son histoire personnelle.
Après la saga argentine en noir et blanc de Tetro, retour aux Etats-Unis pour une ballade dans le fin fond du pays, dans une bourgade sinistre où un écrivain au bout du rouleau vient vendre son dernier bouquin. Branché par le curieux shérif local sur une affaire de serial killer, il se lance dans une enquête qui pourra, pense-t-il, lui donner des billes pour écrire un livre à succès.
Twixt est une vraie bizarrerie. Difficile de parler d'un film aussi foutraque, aussi bordélique et aussi excessif. De l'utilisation des filtres de couleurs aux passages oniriques totalement décalés, tout est dans le geste artistique et dans la poésie, sans que l'ensemble ne prenne vraiment de consistance ou de sens à aucun moment. Ce qui peut déclencher instantanément force moqueries, voire de grands éclats de rire (ce qu'une moitié de la critique s'est empressé de faire, l'autre moitié criant au chef d'œuvre). Mais après tout David Lynch a déjà fait bien pire... Un David Lynch dont l'ombre est omniprésente dans ces tribulations fantastiques chez des bouseux tous à moitié cinglés, qui rappellent évidemment Twin Peaks.
Ignorant donc les sarcasmes et le mépris, Coppola mélange dans sa grande marmite la 3D, Edgar Allan Poe, le film d'horreur, de vampires, des emprunts au Nouvel Hollywood et même (et c'est très touchant) des références appuyées à sa propre vie de famille meurtrie par le décès de son fils. La recette est bancale, le résultat est parfois un peu indigeste, mais tient la distance, jusqu'à une fin aussi vite expédiée que dans une vraie série B. Jamais le metteur en scène ne cherche à mettre en image un film de genre simple, ils semble continuellement repousser les limites de l'expérimentation, comme si ce dinosaure du cinéma ne cherchait qu'à se remettre dans la peau d'un étudiant en cinéma audacieux et novateur...
Une chose est sure : c'est probablement le film le plus étonnant et le plus décoiffant de ce printemps, et peut-être de l'année. A réserver probablement aux grands fans de Coppola et à ceux qui cherchent à se faire bouger par un geste artistique curieux, mais jamais désagréable. Et contrairement à la dernière folie de Lynch qui durait trois heures, Twixt est aussi concis que doit l'être un essai de ce style. De quoi se laisser tenter...
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