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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 07:16

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La capacité du cinéma américain a ingérer et recycler son histoire toute récente est décidemment illimitée. Au travers de biopics, de films politiques, de purs films d'action, ou alors comme ici, dans un cocktail surprenant de film d'espionnage et de guerre. La traque et la fin de Ben Laden semblent encore tellement proches, pas le temps de s'en remettre qu'Hollywood  nous propose le sujet sur grand écran quelques mois après que l'excellente série "Newsroom" lui ait consacré un épisode.

 

Le film était pourtant en préparation depuis un certain temps, avant l'épilogue bien connu dans cette maison de banlieue pakistanaise, et devait être centré sur une recherche sans fin de l'ennemi numéro 1 des USA. Adapté pour suivre l'actualité, Zero Dark Thirty est donc une sorte de diptyque qui déploie ces deux volets de manière étonnamment liée et harmonieuse.

 

La quête d'abord.

La recherche de l'aiguille dans les bottes de foins afghanes et pakistanaises, le recoupement de petites infos, ces séances de torture interminables où l'on cherche à retrouver un nom, un lieu, à recouper des bribes d'informations qui datent de plusieurs années. le sentiment de ne pas avancer, le poids de hiérarchie, l'échec... Jessica Chastain incarne admirablement cette abnégation et cette dureté qui lui permet de ne jamais abandonner, contre vents et marées. Un tel tableau pourrait être ennuyeux et lassant : il est passionnant. Le bouquin de Mark Boal se perd ainsi dans les différents sentiers de la CIA, de Washington à Islamabad, des bureaux tous propres jusqu'aux geôles infâmes, avec un vertige et une pression qui ne retombent jamais. Petit miracle de construction et de montage, le film de Kathryn Bigelow réussit dans sa première partie à nous associer à ce vide permanent, à ce sentiment d'urgence et d'échec qu'avaient si bien rendues les excellentes premières saisons d'"Homeland" et surtout "Rubicon"

 

La chasse ensuite.

Au fur et à mesure que le la piste prend forme, le film se déplace petit à petit vers les bases militaires et les marchés de Peshawar. Là encore, la caméra et le sens du montage de la réalisatrice font merveille, dans une montée progressive en pression, jusqu'à un assaut final qui est un moment d'autant plus exceptionnel que l'on en connait le début et la fin. Et pourtant, c'est avec une virtuosité impressionnante que Kathryn Bigelow nous cloue à notre siège, minute par minute. Du cinéma d'action comme on en voit pas assez souvent.

 

Mais du cinéma d'action replacé dans un contexte tellement réaliste qu'un trouble apparaît inévitablement devant ces séances de tortures et cette opération punitive à victimes collatérales. Le grand mérite du film est de ne jamais chercher à le chasser, à l'expliquer, à y apposer un point de vue politique. A ce titre, Zero Dark Thirty est un grand film d'investigation, basé  sur un travail de journaliste précis et minutieux. Oui, les USA ont torturé, oui cela a pu donner des résultats, c'est un constat indiscutable. Mais ce que l'on voit surtout, c'est l'importance d'un travail d'enquête, de la volonté sans faille et d'un travail sur le terrain qui ne permet aucune erreur. Une focale qui laissera à chaque témoin de cet événement historique le soin d'y poser son propre jugement moral et politique, une liberté de ton due principalement au fait que le film est irréprochable sur tous les tableaux. 

 

Car sa durée (plus de deux heures trente) et sa lenteur sont complètement neutralisés par un découpage formidable, et un art consommé de l'interprétation. On l'avait déjà vu dans "Démineurs", la réalisatrice la plus couillue du monde s'affirme désormais comme une directrice d'acteurs hors pairs. Derrière Jessica Chastain qui mérite toutes les louanges, une myriade de seconds couteaux tous irréprochables, qui ne cherchent jamais à bouffer l'écran ou  sur-exister, juste à se fondre dans le moule. On voit ainsi passer l'excellent Kyle Chandler (Friday Night Lights) l'intense Jason Clarke (Des hommes sans loi), le formidable Mark Strong, Edgar Ramirez (l'inoubliable Carlos d'Assayas) et même James Gandolfini revenu de Cogan. Des visages qui ne font parfois que passer, ou que l'on peut oublier en route, sans jamais que la réalisatrice ne surjoue leur présence, et qui ont pourtant chacun leur importance dans ce puzzle qui se met en place doucement

 

Zero Dark Thirty est probablement ce qui se fait de meilleur aujourd'hui dans un registre grand public, mais intelligent et artistiquement de très haut niveau. Une semaine après Tarantino, deux semaines après Paul Thomas Anderson, l'année 2013 part sur des bases historiques..

 

 

 

 

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Published by DH84
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commentaires

JFG 29/01/2013 14:14

Qualifier une réalisatrice de "couillue" n'est il pas un compliment à tendance machiste destiné à perpétuer la domination scandaleusement patriarcale sur le cinéma américain qui a tant de mal à
s'en défaire ?