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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 15:44
L'écume des jours

 

 

Un des rendez-vous au sommet de cette année 2013. Le cinéma français avait mis les petits plats dans les grands pour le croisement tant attendu d'un chef d'œuvre intemporel de la littérature hexagonale avec probablement le seul metteur en scène assez talentueux (et assez téméraire) pour se lancer dans l'aventure. Suffisant en tous cas pour faire rentrer au bercail un Michel Gondry qui commençait à s'habituer aux Etats-Unis, que ce soit dans le registre du blockbuster malin ou du (grand) film expérimental.

 

Mais le défi était de taille, la prose totalement libérée de Boris Vian pouvant sembler sur le coup assez inadaptable. Et malgré le talent indiscutable du metteur en scène, malgré une facture visuelle agréable, malgré le casting 5 étoiles rassemblé (évidemment) pour l'occasion, cette écume n'est pas LE grand film français populaire et intelligent de cette année. Plutôt une tentative honnête mais désespérée de renvoyer en images

 

Le malaise est palpable dès les premières images. L'univers foutraque de Boris Vian est bien là, il est même partout.

Le livre était truffé d'incongruités, d'anachronismes et de machines bizarres ? Dont acte, Gondry ne semble pas vouloir  en rater une seule, et les étale frénétiquement à l'écran, de la souris locale ou piano-cocktail. Mais alors que la prose de Vian faisait dérailler son lecteur à chaque phrase, l'adaptation visuelle donne le tournis, ne permet pas de stabiliser son regard et surtout laisse le spectateur loin de ce qui devient très vite un petit musée gondryesque des idées de Boris Vian. Même si ces effets sont réussis, la grande artificialité de la chose, doublée par l'apparente insignifiance des personnages provoque souvent plus de malaise que de plaisir.

 

Sauf quand Gondry s'arrête. Quand le réalisateur stoppe cette urgence du trop plein visuel pour rester quelques minutes durant dans la voiture nuage, on ressent alors le charme délicieux d'une histoire d'amour naissante au beau milieu de cet univers absurde...mais il faut bien en descendre et retourner sur la piste de danse, de patinage, faire la course dans les escaliers de l'église ou encore aller voir les différents guests (Chabat, Lafitte, Torreton et même Gondry qui s'y colle) faire leur petit numéro

 

Contre toute attente, c'est la deuxième partie du film, après le mariage, qui le rend beaucoup plus intéressant. Plus sombre, parfois même tragique, cette suite de malheur dans un univers à l'agonie donne enfin l'impression que les deux univers se comprennent. Beaucoup plus à l'aise avec la mélancolie qu'avec l'abondance d'optimisme, Gondry file alors un curieux mélo dépressif sur un fond entre Cronenberg (période ExistenZ) et Gilliam (période Brazil).

 

Même si cette longue marche vers l'abîme est moins rythmée, plus dure, parfois hautement dépressive, on a enfin l'impression que l'émotion a investi des personnages qui ressemblent de plus en plus à des humains, et de moins en moins à des robots. On a quitté le musée pour revenir dans un film où les personnages se mentent, s'écharpent, s'aiment, se perdent. Un film où l'univers totalitaire et la pauvreté font enfin froid dans le dos et ne servent plus qu'à décorer l'arrière plan.

Rater son début et réussir sa fin, Gondry ne fait décidemment rien comme tout le monde...

 

Au bout des deux (longues) heures de la chose, chacun se fera donc son idée quand à la conteneur du verre. Mais qu'il soit à moitié vide ou à moitié plein, on aura du mal après une telle attente à ne pas être déçu qu'il n'ait pas débordé. Et comme souvent pour ce type d'adaptation, on a surtout envie à l'arrivée...de relire le livre. 

 

 

 

 

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Published by DH84
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