Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 07:30
Le passé

x

 

Un aéroport.  Une femme qui tente vainement d'appeler un homme qui ne peut pas l'entendre a cause de l'épaisse vitre qui les sépare déjà. Le dialogue, hésitant,  muet, ne dure que quelques secondes,  la scène est magnifique.

 

Ce n'est pas la première fois que le réalisateur Asgar Farhadi se concentre sur une simple vitre, tourne autour d'un homme et d'une femme avec cette infinie légèreté, pour évoquer pourtant des sentiments durs, des drames, des déchirements. Car déjà,  les deux protagonistes sont distants,  polis, presque trop. La rancœur affleure sous les sourires de façade, et dans les petits reproches d'un couple qui reprend ses marques. Il vont régler leur divorce. Elle veut définitivement tourner la page et refaire sa vie avec son nouveau compagnon, il ne semble pas vraiment savoir ce qu'il veut, ou même ce qu'il fait ici.

 

 

Le passé est bien un des personnages du film. Peut être le plus présent,  celui qui accompagne le trio a chaque scène, celui qui est en arrière plan de chaque dialogue.

Car chacun d'entre eux semble véritablement prisonnier de ce passé si lourd,  incapable de faire place nette pour repartir de l'avant. Il ne faut ici pas trop en dire, car ce passé se dévoilera, au fur et a mesure que chacun d'entre eux le ressasse, le retourne, le questionne. L'ambiance s'avère vite étouffante, filmée quasi exclusivement à l'intérieur dans une cuisine, à l'arrière d'un pressing ou encore dans une voiture.

Car le cinéma de Farhadi ne semble tirer son intensité que de ces tunnels de dialogues qui nous dévoilent petits à petits les personnages, qui soulèvent doucement le voile sur ce passé que chacun d'entre eux semble vouloir fuir. il n'en faut pas plus pour faire surgir des blessures récentes ou anciennes qui n'ont jamais cicatrisé, pour monter des membres d'une famille l'un contre l'autre...

 

C'est alors dans la direction d'acteurs que le metteur en scène iranien réalise encore une fois des prodiges. Même si Tahar Rahim se sort bien d'un rôle difficile,  même si les enfants sont d'une fascinante justesse, ce sont bien les deux anciens amants qui illuminent le film. Ali Mosaffa d'abord,  l'ex sur le retour presque forcé.  Calme, philosophe, magnétique, presque résigné,  il semble être parfois la personne la plus sensée de ce tourbillon avec cette sagesse toute persane. Mais ne serait ce pas aussi la plus lâche ?

 

Bérénice Bejo ensuite. Littéralement transfigurée,  habitée par ce rôle tout en détermination et en colère,  l'actrice réussit a tenir l'intensité étouffante de cette mère déterminée a ne pas laisser le passé lui barrer le chemin. Une performance admirable, qui pourrait bien rapprocher la française d'un prix d'interprétation à Cannes(Deux ans après son passage remarqué pour The Artist)

 

Tout cela pour 140 minutes de cinéma intense et puissant, qui ne cherche jamais l'artifice de mise en scène, juste une mise à nu sur le cordeau d'une avalanche de sentiments contradictoires.

Un cinéma qui parvient à ne jamais juger ses personnages, à toujours leur laisser une porte de sortie, à ne jamais les condamner alors que le spectateur l'a déjà fait. On ne traite pas de morale ici, mais d'humain. Et dès que l'on cherche une porte de sortie, une leçon, un point d'accroche dans ce tourbillon, le scénario nous ramène quasiment au point de départ.

 

Apres un film aussi extraordinaire et acclamé que "Une Séparation", on aurait pu craindre que la greffe ne prenne pas entre le cinéma si profond de Farhadi et la banalité d'une banlieue parisienne traversée par le RER.

La réussite éclatante de ce film si fort et si profond vient confirmer ce que beaucoup avaient cru déceler dans les couloirs de Téhéran.

Que ce que nous dit Asgar Farhadi n'est ni persan, ni parisien, mais bien universel.

Que le plus terrible après tout, c'est que chacun a ses raisons. 

 

 

Page Facebook

Compte twitter

Partager cet article

Repost 0
Published by DH84
commenter cet article

commentaires