Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:21
No Pain No Gain

 

Michael Bay n'a pas encore renoncé à son idée de devenir un auteur.  

Le roi du blockbuster décérébré et de l'explosion intempestive est un des meilleurs soldats des studios pour mettre tout et n'importe quoi en image (de préférence n'importe quoi d'ailleurs). Mais il s' est déjà rêve en Spielberg (The Island) ou en David Lean (Pearl Harbor), en réalisant de gros machins plus ambitieux que des franchises de jouets, et qui se sont plantés en beauté, le renvoyant à sa condition de faiseur bourrin ras des pâquerettes.

Remonté comme un coucou par le succès de sa trilogie Transformers, notre bon Michael se voit désormais en Quentin Tarantino ou en Joel Coen. Suffisamment en tous cas pour que Paramount (à qui il a rapporté des milliards avec ses robots) mette 25 millions de dollars sur la table (soit un budget de film de fin d'études pour lui) pour autoriser son remuant pensionnaire à s'amuser un peu avec de l'argent de poche.

 

Et alors, qu'est ça que ça donne quand Michael tente de se faire passer pour un ponte du cinéma indépendant américain ? Un drôle de truc survitaminé, dans lequel on retrouve à la fois les obsessions du réalisateur et de nombreuses tentatives (assumées) de faire ressembler son film à Pulp Fiction et à Fargo. Un drôle de truc qu'on ne peut pas appeler une série B, ni un blockbuster, ni vraiment une série Z. Un objet assez étrange, presque trop barré pour le grand public, qui a quand même le mérite de provoquer (évidemment) des hauts le cœur un peu partout dans la critique, certains n'étant pas loin de proposer l'internement d'un individu manifestement dérangé.

 

Le scénario est donc une photographie croisée des deux chef d'œuvre américains précités : une bande de bras cassés qui s'improvisent kidnappeurs, des tâches de sang partout, des corps à faire disparaître, un détective flegmatique, mais surtout, une dose imparable de débilité ambiante. Avec le label "histoire vraie" qui nous suit tout le long du film, on pourrait affectivement se croire chez les Coen, si tout cela n'était pas traité à la sauce Michael Bay.

Avec la même retenue qu'un ado en pleine puberté, le réalisateur envahit rapidement l'écran avec ses obsessions classiques : un mauvais goût inimitable, de gros muscles, des filles d'une vulgarité stratosphérique pour décorer, des flingues et des trucs qui explosent. Et bien sur, des effets monstrueux d'une caméra qui passe d'une pièce à l'autre en continu, et bien sur de très gros ralentis qui tachent avec gros plans sur la tronche hallucinée d'un des héros en train de se faire rouler dessus. la routine, quoi.

 

Mais le bougre a le sens de l'humour et du tempo. Plus son film avance, plus son petit polar devient une inquiétante descente aux enfers, parfois franchement répugnante, à un point qu'on ne sait plus à quel degré la prendre. Sans  la distance d'un auteur pour donner dans l'humour noir, Michael Bay fonce dans le tas avec sa tronçonneuse, son Humvee et ses coups d'haltères dans la figure.

De quoi presque provoquer un vertige devant une telle accumulation de violence et de bêtise, qui semble se fondre à merveille dans un rêve américain qui n'a jamais semblé aussi noir et aussi vain. La descente au "Home Depot" est par exemple complètement irréelle, mais à peine plus que le cours de self-défense donné par un Mark Walhberg tout content d'être enfin intégré dans la bonne société.

 

A l'arrivée, un (long) cocktail très étrange, mais presque dérangeant.

Un film qui pourrait aussi donner des leçons d'efficacité à beaucoup de ses petits copains Hollywoodiens.

Et qui entretient la flamme de ceux qui pensent que, si le cinéma a besoin de gens comme Quentin Tarantino et les frères Coen, il a aussi besoin (un peu) de trublions bourrins comme Michael Bay.

 

 

 

 

Page Facebook

Compte twitter 

Reste donc un biopic de plus, rarement désagréable mais peu incarné, au casting de luxe et au scénario facile. Pour ceux qui ne connaissent rien à l'histoire américaine, une bonne manière de découvrir en accéléré une page fondamentale de l'Histoire moderne.

Pour les autres, mieux vaut ouvrir un bon bouquin d'histoire. Ou (re)lire la trilogie Underworld USA de James Ellroy. 

 

 

Page Facebook

Compte twitter 

Partager cet article

Repost 0
Published by DH84
commenter cet article

commentaires

Film streaming gratuit 10/05/2014 01:09

merci pour les informations que vous m'avez données

Mr Vladdy 02/10/2013 15:22

Un très bon divertissement dont le plus gros handicap reste la dernière demi heure bien trop lourde et ennuyeuse. Un film différent de Bay, mais un film où on reconnait quand même sa signature :)