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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 06:34
Only God forgives

 

Le succès de Drive était-il impossible à gérer ? Auréolé d'une reconnaissance critique unanime et d'un prix de la mise en scène à Cannes, le duo formé du réalisateur Danois Nicolas Winding Refn et de la nouvelle coqueluche Ryan Gosling a t-il eu les yeux plus gros que le ventre ? On voudrait trouver des explications à cette spectaculaire sortie de route qui risque de faire grincer des dents, et claquer beaucoup de sièges, la couverture médiatique de Cannes ayant réussi à peupler les premières séances d'un film très bien distribué pour un polar art et essai...

 

Pourtant,  rien ne laissait présager une telle descente aux enfers au vu du pitch : une histoire de vengeance brutale à Bangkok entre un gérant de club de boxe, sa mère hystérique et un flic aux méthodes assez expéditives. Le frère du premier a été tué, la ère réclame le prix du sang, le fiston hésite. Un thème vieux comme le monde, une histoire qui tient en deux lignes, mais combien de (très) bons polars ont-ils été bâtis à partir de moins que ça ?

 

D'ailleurs, son scénario, le metteur en scène s'en fout, il n'est pas là pour ça. La musique, le cadrage, les lumières, l'ambiance urbaine, voilà ce qui l'intéresse. Certaimnement pas mettre en images un bête polar de plus, mais bien poser sa marque sur le genre. Proposer un film de pure mise en scène, à base de plans millimétrés, de montage cut, et de dialogues minimalistes, voilà le programme concocté par un Nicolas Winding Refn qui ne se prend manifestement pas (plus ?) pour n'importe qui. L'ambiance de Bangkok, l'exotisme de ses rues et le décor très riche de ses boites de nuits lui donne d'ailleurs toute la matière nécessaire pour en mettre plein les mirettes et trouver le plan parfait à chaque séquence dans des jeux d'ombre et lumières.

 

Mais dès la première irruption de violence, quelque chose coince. Gratuite, volontairement choquante, elle ne s'intègre pas dans le style poseur et kitch du film, et l'on commence à comprendre que le réalisateur ne maitrise pas du tout l'emboitement des pièces d'un puzzle qui devient rapidement indigeste. Du sang, des membres tranchés, des cadavres en gros plans et des néons qui scintillent ne suffisent pas à faire un film.  Entre une Kristin Scott Thomas complètement en roue libre, et ce vieux flic débonnaire qui se ballade dans les rues de la ville en décapitant tout ce qui se trouve sur son chemin, l'exercice de style tourne alors à la farce

 

Errant entre toutes ses références, perdu entre Michael Mann (sans la puissance visuelle), Kim Jee-Woon (sans le second degré) et surtout David Lynch période "Inland Empire" (merci du cadeau), le film ne parvient qu'à donner quelques hauts de cœurs et plusieurs fous rires involontaires. Au milieu de ce long trip ponctué par quelques séquences de karaoké, le pauvre Ryan Gosling traîne son image de beau gosse comme une âme en peine, ectoplasme irréel,  traversant ces règlements de compte sans jamais froncer un sourcil, ne s'énervant que sur le seul personnage à peu près innocent qui... refuse d'enlever sa robe. 

 

On assiste à ce trip halluciné avec stupéfaction, se demandant parfois si le film va réussir à décoller de son maniérisme et de son artificialité. Mais les effusions de sang et les séances de torture se succèdent, grotesques, inutiles, répétitives. Et c'est avec un soulagement certain que l'on accueille le dernier karaoké livré avec le générique de fin, qui met fin à beaucoup de souffrance, autant à l'écran que dans la salle.

Après l'ouverture un peu grotesque de "Gatsby" , on ne peut pas dire que Thierry Frémaux ait eu la main spécialement légère cette année à Cannes (mais il n'y a pas que ça heureusement). La perspective de voir Ryan Gosling sur les marches aurait-elle pesé dans la balance ? Un Ryan Gosling qui enchaîne les sorties hasardeuses depuis "Drive", et qui ferait bien de prendre quelques vacances...Car sur ce coup là, même Dieu pourrait ne pas lui pardonner cet OVNI boursouflé, sans souffle, sans âme.

 

 

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Published by DH84
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commentaires

EricDumas 24/10/2014 15:25

J’ai retenu une seule chose positive en voyant ce film : le jeu de Ryan Gossling. Pour moi c’est un bon acteur qui a fait le mauvais choix. Only God Forgives n’a malheureusement pas su me satisfaire… 