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Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

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The Immigrant

The Immigrant
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Eternel boudé du palmarès du Festival de Cannes, souvent ignoré du public américain, James Gray est pourtant un des auteurs les plus respectés de ce côté-ci de l'Atlantique, par la critique bien sur, mais aussi par un public de fans.

 

Depuis Little Odessa, premier film noir et intense, le cinéaste trace son sillon, dans d'incroyables polars racés ("We own the night") ou dans le mélo le plus déchirant (le merveilleux "Two Lovers"). On parle d'un homme qui a confirmé que Joaquin Phoenix était un grand acteur, que Mark Walhberg pouvait faire autre chose que poser en slip, et qui a même réussi à  rendre Gwyneth Paltrow exceptionnelle  l'écran. Un magicien, en quelque sorte.

 

Et le bonhomme s'avère ambitieux.

Suffisamment pour se lancer dans un film historique en costumes, qui démarre à Ellis Island dans un hommage discret au deuxième opus du parrain. Si Gray se met dans les pas de Coppola pour entrer en Amérique, c'est une femme et non plus un enfant qui arrive en terre promise. Sa sœur malade est retenue en quarantaine, elle ne doit son passage qu'à l'intérêt soudain d'un mystérieux bienfaiteur qui l'héberge, puis lui demande de travailler dans son théâtre. Méfiante, craintive, la jeune fille comprend vite qu'elle va devoir payer cher pour que sa sœur puisse être soignée.

 

La tragédie, toujours, enveloppée dans un mélo. Gray est fidèle à son cinéma même si il le transporte dans le temps pour la première fois. Chez lui, jamais les personnages ne sont faciles à lire, il faut toujours du temps pour comprendre leurs motivations profondes, et même à la fin de la dernière bobine, le doute peut subsister. Pour Gray, l'humain est éminemment complexe, imprévisible, mystérieux...

 

Le personnage de Joaquin Phoenix est à ce titre, formidablement ambigu du début à la fin, dans la détresse, dans la colère ou dans l'amour. Ce qui se passe entre ce petit puissant et cette femme vulnérable est à la fois délicat et tragique. Car elle se métamorphose petit à petit, comprenant les sacrifices que l'on demande d'elle, prête à tout pour l'amour d'une sœur qu'elle refuse d'abandonner.

Dans un rôle difficile de petite souris, Marion Cotillard est elle aussi impressionnante, et rappelle à tous après Audiard qu'elle est une très grande actrice (quand elle est dirigée)

 

The Immigrant s'inscrit donc dans la grande Histoire, et dans quelque chose de très classique. Et pourtant jamais on ne se risquerait à parler d'académisme. Car l'émotion est toujours au cœur du cinéma de Gray, dans une profonde tristesse de personnages passionnés, cassés, traumatisés.

Intriguant, le film devient petit à petit fascinant, de ces rues sales new-yorkaises à un petit théâtre minable, des bas-fonds d'une ville en train de naître aux plages brumeuses et déprimantes d'Ellis Island, baignées de l'incroyable lumière du chef opérateur Darius Khondji.

 

Une magnifique leçon de cinéma, un formidable mélo, un des grands films de cette fin d'année. 

 

 

 

 

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