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Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

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[Série] Deadwood

















Deadwood fait partie des immenses réussites qui ont fait la gloire de HBO, au même titre que Six Feet Under, Rome, The Soprano ou The Wire.  Comme ses sœurs, elle se distingue par la relecture résolument décalée d’un thème de départ très classique dans le cinéma américain (la fresque familiale, le péplum, le polar, la mafia, et ici : le western), un ton très adulte, un scénario ambitieux et une ambition artistique très au dessus de la moyenne

 

Une lecture décalée

Ce qui ressort avant tout de cette vision de la conquête de l’Ouest, c’est l’incroyable décalage entre l’image d’Epinal du cow-boy et le tableau qui nous en proposée. Le cow boy est habituellement seul ou presque, il est une célébration du self made man dans les décors grandioses de l’Ouest américain, il ne subit aucune loi, aucune contrainte, si ce n’est celle de la nature et des sauvages… A Deadwood, la civilisation s’est déjà mise en marche et ce n’est pas beau à voir : les maquereaux de la ville font régner un ordre despotique, les meurtres se multiplient en toute impunité et le racket est monnaie courante : les cow-boys ne sont plus que des personnages impuissants qui doivent se grouper et s’organiser pour faire régner un semblant de justice dans la communauté.

Et loin du Grand Canyon, le Dakota est une terre boueuse où la pluie ne semble jamais s’arrêter de tomber : cette atmosphère humide, sale, parfois répugnante est en adéquation parfaite avec les hommes et le lieu… et donne une belle touche sombre à l’ensemble. Cette démystification est appuyée par le passage de personnages mythiques du Far West comme Wild Bill Hickok ou Calamity Jane : comme le western, ils sont grands, légendaires mais proches de l’agonie…et certains ne font que passer.

 

Un ton adulte et un traitement scénaristique ambitieux

S’il n’est pas forcément question de réalisme, la série se veut au moins très adulte. Cela ressort d’abord par le vocabulaire le plus ordurier qu’on n’ait jamais entendu à la télé (qui rend les dialogues absolument fabuleux), mais aussi le traitement sans concession des thèmes durs et concrets (la maladie, l’alcoolisme, le proxénétisme, et surtout la mort) et la volonté de ne pas sombrer dans la facilité, en particulier dans la construction des personnages.

Ils sont tous ambivalents, et jamais aussi évidents qu’on pourrait s’y attendre, en particulier pour les deux protagonistes : Al Swearengen, le patron de bar-bordel est une ordure violente et sadique, mais aussi un patriarche et un meneur d’hommes souvent plus efficace et beaucoup plus malin que son alter ego Seth Bullock, le héros classique, droit, juste et responsable, mais drapé d’un manichéisme qui montre très vite ses limites lorsque la situation nécessite un peu de flexibilité et dont le sens moral ne l’empêche pas de déraper régulièrement en répondant par la violence quand il se sent acculé. Cette complémentarité entre la canaille opportuniste, mais tellement pragmatique et le gros dur droit dans ses bottes qui sombre parfois dans la violence et la folie la plus totale, est le fil rouge du développement de l’intrigue, les deux héros passant successivement d’ennemis à alliés selon les circonstances …Les autres personnages principaux ont tous ce niveau de profondeur et de complexité et l’intrigue les fait se croiser, se jalouser, s’aimer ou se détester tour à tour : on est plus proche de Shakespeare que de John Wayne et on ne va pas s’en plaindre.  

 

Une ambition artistique très au dessus de la moyenne

Cette grande ambition scénaristique et thématique ne serait rien si elle n’était pas appuyée par une réussite artistique totale : interprétation, décors, musique : tout est au top, avec une mention spéciale pour Timothy Olyphant (Bullock) et Ian McShane (Swearengen) qui jouent probablement tous les deux le rôle de leur vie. En plus d’être intelligente, cette série se permet donc d’être un vrai plaisir à regarder : elle réserve ainsi quelques morceaux de bravoure filmiques très « cinématographiques », qu’ils soient joyeux et dramatiques. A ce titre, le dernier épisode de la saison 2 est une pure merveille, les dernières minutes s’écoulant au rythme de la musique qui monte en intensité pendant que la caméra s’arrête sur chacun des personnages, et se termine sur Swearengen, dominant la rue et racontant sa journée à sa tête d’indien… 

 

Pour le rendre définitivement culte, cette œuvre est inachevée puisque coûtant trop cher à HBO, elle a été arrêtée à la fin de la saison 3, un téléfilm était promis pour conclure l’intrigue, qui est en suspens, mais on en entend plus parler….

 

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