Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

Le succès de Sin City a donné quelques idées à Franck Miller : il a pu se rendre compte que, finalement, le cinéma et les comic books pouvaient faire bon ménage à condition de pas mettre n’importe quel tâcheron aux manettes. Fort de cette révélation, ce vieux Franck a donc décidé de s’affranchir de l’aide d’un réalisateur pour adapter un nouveau comics, en allant cette fois piocher dans l’œuvre de Will Eisner. Et le moins qu’on puisse dire c’est que ce pauvre Will a du faire quelques saltos arrières dans sa tombe, sa série, mythique sur papier devenant à l’écran une chose boursoufflée, poussive, voire franchement grotesque par moment.
Alors oui, l’effet « Sin City » de l’image rend toujours bien, mais est très loin de pouvoir sauver de la vacuité un scénario qui tient en quelques lignes, qui met en jeu des personnages d’un manichéisme désagréable, et surtout qui ne provoque absolument aucune émotion. Le fait que les deux protagonistes soient par définition invincibles n’aide pas franchement à s’intéresser à l’histoire : on veut bien qu’ils se mettent des beignes dans la boue pendant un quart d’heure, mais quand on sait forcément que tout le monde va s’en tirer, c’est tout de suite moins prenant. Et puis le grand écart permanent entre un héros très premier dégré, sérieux, moralisateur (et franchement un peu chiant) et le méchant complètement second degré, outrancier et ridicule, ne fonctionne pas tout : on ne sait jamais sur quel pied danser. On passe sans prévenir d’un monologue sérieux et profond sur « sa ville » au docteur Octopus qui se déguise en nazi avec sa copine… allez comprendre. . On rigole deux fois, on ne frissonne jamais, tout est artificiel et sans but. Pour enfoncer le couteau, les dialogues et l’interprétation tirent le tout vers le fond, la palme revenant à Samuel L.Jackson, qui en fait des kilotonnes.
Pas grand-chose à sauver ici donc, si ce n’est le plaisir de revoir Sarah « Studio 60 » Paulson et quelques apparitions marrantes de Scarlett Johanson, qui a l’air de bien s’amuser. Elle en a de la chance.