Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()

Le film le plus attendu de l’année par beaucoup. La combinaison d’un réalisateur déjà culte, d’un pitch incroyable, d’un budget à la hauteur de l’ambition et une réputation flatteuse venue des US
où la film a moissonné 13 nominations aux oscars. A l’arrivée, un film qui ne ressemble à aucun autre, par son rythme, sa durée, sa manière d’aborder des thèmes pourtant très classiques, et le
jeu des acteurs transformés par les effets spéciaux. Il est difficile de trouver les mots pour évoquer un tel OVNI, car il s’agit typiquement du genre de film qu’on a l’impression très égoïste
d’être le seul à pouvoir aimer. Le public se divisera probablement en deux catégories distinctes : ceux qui s’ennuieront à mort pendant les trois heures de projection (voir ici) ou ceux qui se laisseront happer avec bonheur par cette fresque incroyable. J’appartiens définitivement à la deuxième
catégorie.
Après un prologue brillant (marque de fabrique Fincher), on nous raconte doucement et dans les détails l’histoire d’un homme qui nait vieux et qui rajeunit à fil du temps. Ce principe donne au
scénariste toutes les occasions de revisiter des thèmes classiques de la vie mais sous un angle totalement nouveau et fascinant : Benjamin Button est un vieillard quand il trouve son premier
boulot, quand il rencontre sa première femme ou ses premiers amis et il devient de plus en plus jeune et désirable alors que le monde autour de lui vieillit, meurt ou disparaît. Toutes ces scènes
forment à la fois un ensemble très cohérent, et font remonter une émotion incroyable. Je ne me souviens pas avoir été aussi touché par une scène d’adieux, par une mort ou par une déclaration
d’amour. La dimension tragique en est accentuée par le fait que tous les personnages se battent contre un adversaire imbattable : le temps. Et tout ce qui leur reste à faire, c’est de
profiter des moments qu’ils ont tout en sachant qu’ils ne dureront pas. D’ailleurs, Benjamin Button ne se bat pas, ne se révolte pas contre cette
étrangeté qui lui fait parcourir la vie de ceux qu’ils aiment à l’envers : il l’accepte et s’assure que tous ceux qui sont autour de lui en souffrent le moins possible. Ce personnage
tragique et fataliste est parfaitement incarné par un Brad Pitt qui sait de mieux en mieux incarner des héros avec un jeu minimaliste, mais en faisant passer toute l’émotion
nécessaire.
Quelques fans de Seven ou de Fight Club seront sûrement déçus : on ne retrouve pas ici la réalisation flamboyante, les scènes chocs, et le rythme soutenu propre au réalisateur. Comme dans
son dernier film Zodiac, Fincher prend son temps pour raconter son histoire dans les détails et n’utilise des effets de réalisation que lorsqu’ils sont parfaitement intégrés à son histoire et
qu’ils se fondent parfaitement dans la narration. Et tout cela est suffisamment passionnant et merveilleusement mis en image pour qu’on passe trois heures sans regarder une fois sa montre. Ce qui
n’a pas changé par contre, c’est la maestria visuelle : lumières, costumes, décors, musique : le film est une vraie merveille artistique.
Et que dire des effets spéciaux qui se mettent pour une fois au service de l’histoire sans l’écraser : on oublie vite que le visage de Brad Pitt a été modelé numériquement tellement le travail accompli est d’un réalisme incroyable : de 80 à 20 ans, c’est n’est plus Brad Pitt que l’on voit, c’est toujours Benjamin Button que l’on suit. Le défi technique était immense, sa plus grande réussite est justement de se faire oublier. Chapeau.
Alors pour ceux qui n’ont pas peur de se faire bouger par un film, de partager une expérience incroyable et inédite au cinéma, et tout simplement de prendre un plaisir immense à se faire raconter
une histoire incroyable, vous pouvez aller vous faire un avis dans les salles.
Pour ma part, cela fait très longtemps que je ne suis pas resté scotché sur mon siège du début à la fin d’un film de cette puissance.