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Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

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Grand Torino




Depuis la fin des années 80, Clint Eastwood a donné au cinéma américain quelques uns de ses plus beaux moments : Impitoyable, Bird, un Monde Parfait, …Et depuis quelques années, il enchaîne les très grands films avec une régularité de métronome : Mystic River, Million Dollar Baby, Changeling et aujourd’hui ce Grand Torino. 

Walt Kowalski est un vétéran de la guerre de Corée, qui vient de perdre sa femme. Il passe le temps en traînant sur sa terrasse et en prenant soin de sa vieille bagnole, un modèle Grand Torino de chez Ford. Son quartier est en train de devenir une terre d’accueil pour des immigrants asiatiques. Malgré le profond mépris qu’il a pour eux, il va se retrouver mêlé à leurs vies.

La première heure où Clint Eastwood se joue de son image, à la limite de la parodie, fait plaisir à voir. On l’attend en vieux réac grincheux ? Il inonde d’insultes tout ce qui est différent de lui, des voitures japonaises à ses voisins chinois (têtes de nems, rats des marais, faces de citron, j’en passe) en passant par le pauvre curé (overeducated 27 years old virgin) et les quelques lascars black du coin (what are you spooks doing here ?) C’est à la fois plaisant, tendre, très drôle et finalement assez révélateur d’une certaine mentalité Midwest, où les bons vieux wasps se sentent envahis face à des communautés immigrés solidaires, mais souvent très communautaristes. Peu de films pourraient trouver cette liberté de ton et de vocabulaire, mais comme un grand père qui n’a plus grand-chose à perdre ou à prouver, le réalisateur se met en roue libre pour créer un personnage vrai et sans compromis… et c’est absolument jubilatoire. Mais bien sur, le film ne peut pas en rester là et l’ours solitaire va se faire adopter par la famille hmong qui habite à côté de chez lui et devenir l’ami des ados qui y grandissent. On passe des insultes et des vannes à la construction d’une amitié entre un vieux et des jeunes, où la transmission de savoir passe autant par des leçons de vie que par des séances très légères, où le jeune asiatique va apprendre à draguer, à bricoler, à vanner.

Les irruptions soudaines de la violence dans ce monde fait basculer petit à petit le film vers le drame. Les caïds locaux mènent la vie dure aux ados et au grand père. Après quelques affrontements, Walt hésite à réveiller la bête en lui : la revanche est-elle la seule solution ? Ce qui a changé depuis l’inspecteur Harry, c’est que l’objectif premier du héros n’est plus la vengeance, c’est l’utilité de ses actions pour ceux qui sont autour de lui. La violence n’est plus forcément la réponse ultime, quand on est un vieux monsieur apaisé…

Ce Grand Torino prend des airs de film testament tant il est la synthèse des personnages incarnés par Clint eastwood dans ces précédents films. On retrouve dans Walt Kowalski le vengeur réac de l’inspecteur Harry, le caractère insupportable de l’entraîneur de Million Dollar Baby, la violence contenue de Wiliam Bunny, le chasseur de primes d’Impitoyable.  Belle synthèse : le réalisateur a annoncé qu’il ne jouerait probablement plus de ce côté ci de la caméra. Devant une telle performance, la réalisation semble passer au second plan, mais c’est juste une impression : Eastwood fait du cinéma comme le faisaient les grands auteurs classiques américains il y a quelques décennies, en coulant sa mise en scène parfaitement fluide dans une histoire forte, remplie d’émotions. Il est définitivement le dernier des grands auteurs classiques.

Et à chaque fois qu’on l’attend quelque part, Clint se joue de nous et part exactement de l’autre côté. Ce qui lui permet encore de nous surprendre et de nous émouvoir, avec une fin sombre et magnifique.  On en vient à espérer que Clint pourra encore tourner pendant plusieurs décennies, son cinéma est inégalable…et inégalé.

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