Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

Pablo Almodovar est un cas à part. Il domine ouvertement le cinéma espagnol depuis des décennies, il est LE visage du 7ème art de son pays à l’étranger et il est adulé par les critiques du monde entier. Son style est reconnaissable entre mille : des histoires simples, d’amour, de filiation, d’héritage, de trahison, avec des sentiments à fleur de peau et la mort souvent très présente. Une apparence de série télé populaire derrière laquelle se cache des scénarios d’une profondeur insondable. L’histoire et les personnages développés ici sont d’ailleurs une sorte de synthèse de l’œuvre du réalisateur : un ancien cinéaste aveugle, une femme fatale, un jeune artiste douteux, une mère et son fils adolescent qui se replongent dans un passé douloureux suite à un décès d’une connaissance commune.
D’abord, il faut reconnaître l’immense talent de metteur en scène d’Almodovar, cette capacité unique de réaliser des plans d’une beauté incroyable avec presque rien : c’est un appareil photo en plan fixe, dans l’attente du flash, c’est ce plan serré sur des corps en pleine action qui dépassent à peine du divan, ce sont ces deux silhouettes sous les draps, dans une passion non partagée, c’est ce film dans le film, ce jeu de miroirs qui culmine dans ce moment poignant où Penelope Cruz refait devant son mari le doublage du film amateur espion qui la prend sur le fait. Des leçons de cinéma, poignantes, merveilleusement réalisées et parfaitement interprétées. Penelope Cruz confirme ici qu’elle vaut beaucoup mieux que son image de potiche latino dans laquelle Hollywood l’enferme trop souvent.
Alors qu’est ce qu’il fait qu’on est quand même déçu malgré tout ? Le rythme bancal avec ses allers retours entre présent et futurs, bien maitrisé au début puis artificiel dans la deuxième partie du film où les mystères ont été levés. Le jeu des clins d’œil, poussé trop loin, comme quand il rejoue dans le film une scène entière d’un de ses précédents opus (je n’ai pas vu le film en question, et je me suis demandé pendant toute la séquence ou était la référence, ou menait la réflexion) Et pour conclure la fin, qui arrive trop tard et qui n’a plus grand-chose à révéler, même pas des secrets qui n’ont finalement plus grande importance. Malgré la beauté de la forme et la profondeur du fond, tout le film est finalement un peu bancal. Alors même si l’ensemble vaut vraiment la peine d’être vu, on en vient à regretter quand Almodovar restait sur l’émotion brute dans Tout sur ma Mère, ou remontait avec émotion l’histoire des rapports familiaux avec Volver. C’est ça d’être un grand réalisateur…tout le monde vous attend au top, et quand vous faites « seulement » un bon film, c’est décevant.