Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office
Sacha Baron Cohen avait dynamité la planète cinéma en 2007 avec son Borat, ovni mi-documentaire mi foutage de gueule,
trash, insolent et parodique. Victime de multiples plaintes, dont celles du Kazakhstan qui avait peu goûté la plaisanterie, le film avait connu un succès triomphal le menant jusqu’aux Golden
Globes. Maintenant le plus dur commence pour le comédien : confirmer ce hit inattendu en enchainant sur un autre succès, sans compter sur l’effet de surprise. Après le reporter kazakh,
pouilleux et antisémite, place donc à Brüno, journaliste de mode autrichien gay, prétendument branché et vraiment décérébré.
Le concept reste sensiblement le même : un mélange de fiction et de documentaire parodique, faisant intervenir à la fois des protagonistes fictifs qui se baladent au milieu de « vrais gens » en cherchant à les piéger et à les faire réagir. Ca marche toujours ? Oui, mais pas pour tout le monde : vous trouverez ça au choix hilarant ou absolument pas drôle. J’ai rarement vu un tel décalage dans une salle de ciné entre une moitié qui s’emmerde à mourir et une autre qui se bidonne bruyamment et qui applaudit les sketchs en direct. Il faut dire que la finesse est un concept plutôt etranger au héros. C’est du lourd, très lourd, d’une débilité insondable, totalement trash, souvent dégueulasse, limite porno et qui dézingue absolument tout ce qui bouge. (on vit d’ailleurs dans pays vachement tolérant, le film n’est interdit qu’aux moins de 12 ans, et c’est franchement limite). Pour ma part, même si le film est loin d’être parfait, j’ai passé un très bon moment et n’avait pas rit aussi fort dans une salle depuis longtemps (enfin depuis Terminator mais pour d’autres raisons)
D’abord parce que ce qui est drôle, c’est surtout la réaction des personnages confrontés à cet hurluberlu : il y a ceux qui semblent s’accommoder de tout, et qui sont près à dire ou faire absolument n’importe quoi tant qu’ils sont filmés. Il y a ceux qui sont outrés (et on les comprend) devant ce happening débile et trash. Il y a ceux qui s’énervent, et qui en viennent parfois aux mains avec le héros. Toutes ces réactions sont à la fois très drôles, et piquent la société moderne là où ça fait mal : homophobie, intolérance religieuse, obsession pour la télévision. Mais parfois, le concept est juste de mettre les gens mal à l’aise : voir les binettes affligées du panel de téléspectateurs à qui Brüno propose sa dernière création est un spectacle hilarant en soi.
Ensuite, ce qui est complètement dingue, c’est à quel point Sacha Baron Cohen paye de sa personne : entre les séances d’épilation de l’anus, une partouze géante et un combat de free-fight dans une cage, on en vient à avoir peur pour lui. Sans compter qu’une partie du film se déroule au Proche Orient où il tente à sa manière de résoudre le conflit israélo-palestinien. Et enfin parce que dans une industrie de l’Entertainment qui a quand même tendance à devenir de plus en plus sage, il est indispensable de disposer de cinglés dans son genre qui dynamitent avec une énergie folle toutes les conventions possibles et imaginables. Ce n’est pas toujours du Balzac, mais ça fait quand même un bien fou.
Cela dit, le film n’est pas exempt de tout reproche : comme Borat, il est un peu long. Clairement, l’ensemble est vraiment décousu et se résume à une accumulation de sketchs sans trop de liens. Le concept d’aller provoquer au fin fond de l’Alabama habillé comme à la Gay pride en devient presque trop facile par moments : il faudrait renouveler le concept du personnage décalé qui se ballade au pays des white-trash.
En résumé, Brüno est donc un long sketch d’une heure et demie, qui fait beaucoup rire et qui réserve son lot de moments cultes. Pas si mal finalement pour un deuxième film.