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Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

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Agora

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Alexandrie, IVème siècle après JC. L’essor du christianisme dans un empire romain sur le déclin ne se fait pas sans heurts. Entre les pratiquants de culte anciens, les juifs et les chrétiens, la tension est à son comble. Hypatie, professeure et philosophe, choisit de ne pas prendre parti.

Curieux film que cet Agora. Un péplum intello sur l’histoire des religions et de l’astronomie, avec un budget massif, se déroulant en Egypte, tourné en anglais, par des espagnols. On ne peut pas parler de grande réussite ni de franc ratage, il s’agit peut-être d’un bon exemple de ce que l’’on peut appeler un grand film malade : des intentions admirables, une équipe brillante, un sujet passionnant et original, et un résultat qu’on trouve décevant alors que l’on aurait tant envie d’aimer l’expérience. Il faut dire que le traitement proposé est assez maladroit. C’est le problème avec les grands sujets ambitieux, ils sont plus exigeants à traiter et imposent une rigueur et un talent qui sont parfois intermittents ici.

En effet, Alejandro Amenabar n’est pas toujours l’homme de la situation, on sent bien que le réalisateur n’est pas spécialement à l’aise avec ces imposants décors, ces foules et ces grands espaces. Le cinéaste est plutôt habitué à traiter des petits sujets pour en faire des grands films (Les autres, Mar adentro) et semble parfois un peu perdu, hypnotisé par son film et son actrice. Le rythme en souffre, et la coupure temporelle franche en milieu de récit n’aide pas beaucoup à relancer une histoire qui fait très souvent du sur place. Et malgré l’intérêt du sujet, les scénaristes ont parfois cherché à pousser le bouchon un peu loin en mêlant à la fois une réflexion philosophico-religieuse et un exposé sur l’astronomie un tantinet léger sur la vérité historique. Une illustration de la maladresse parfois naïve du projet : les accents d’origine des acteurs qui percent régulièrement dans leurs tirades. Entre l’anglais très british de Rachel Weisz, l’accent français bien marqué de Michael Lonsdale et l’anglais latino un peu traînant du préfet romain, on se croirait parfois dans un péplum américain comme on en faisait il y a cinquante ans plus qu’à Alexandrie au IVème siècle. Pour un film européen, c’est quand même dommage de tomber dans ce travers.

Cela dit, le film n’a pas que des défauts : la lecture de l’intolérance religieuse naissante est plutôt fine, intelligente et non partisane : si aucun camp n’est spécialement pointé du doigt, le scénario n’hésite pas non plus à mettre les pieds dans le plat en montrant que les chrétiens de l’antiquité aussi ont pu être extrémistes et fanatiques. Et puis il y a Rachel Weisz, une des plus grandes actrices en activité, qui porte le film sur ses épaules du début à la fin. C’est en fait sur la fin qu’Amenabar réussit ses plus belles scènes, dans la violence du sac de la bibliothèque d’Alexandrie ou dans un dénouement tragique et poignant.

Au final, il y a beaucoup de choses dans ce film : des idées, des intentions formidables et une ambition qui fait plaisir à voir dans le cinéma européen. Mais aussi dur que cela puisse être à entendre, si il y a bien un domaine où les américains n'ont manifestement pas de soucis à se faire quant à leur avance, c'est bien celui du grand spectacle.


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