Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

On semble avoir tout entendu avant même sa sortie. Le plus gros budget de l’histoire, le film le plus attendu du siècle, la révolution numérique, l’avènement final de la 3D dans les salles de cinéma ; les espoirs de toute l’industrie cinématographique, le nouveau Star Wars… Avatar est probablement tout cela à la fois. Mais une chose avait presque été oubliée, c’est qu’au-delà de la grosse machine marketingo-commerciale, Avatar est avant tout la création d’un des réalisateurs les plus extraordinaires d’Hollywood : James Cameron.
Jack Sully, marine blasé en fauteuil roulant a l’opportunité de remplacer son frère jumeau décédé dans une mission spéciale sur la planète Pandora. Sa mission consiste à se faire accepter des indigènes locaux, des géants bleus de trois mètres qui ont la fâcheuse tendance d’habiter sur des gisements de minerai convoités par une compagnie relativement peu au fait du relativisme culturel.
Première chose, il faut aller voir le film en 3D. L’expérience, bien que fatigante pour les yeux sur la longueur, vaut vraiment le coup et permet de s’immerger totalement dans le monde fantastique crée par Cameron. Car il s’agit bien d’une immersion totale qui nous est proposée ici dans un monde créé de toutes pièces. La planète Pandora, unique lieu de l’action dispose d’une faune et d’une flore incroyable, qui tient lieu de de décor, et qui est même le thème central du film : la sauvegarde d’un environnement, d’une nature, d’une culture. Ca peut sembler dans l’air du temps de surfer sur la vague écolo mais quand c’est fait d’aussi belle manière et avec une sincérité complète, c’est difficilement condamnable. Dans cet écrin doré, Cameron est quand même là pour raconter une histoire. Le marine envoyé pour espionner va bientôt se fondre dans la culture et s’identifier à ce peuple qui vit en harmonie avec tout ce qui est autour de lui mais qui est menacé par le rouleau compresseur de l’armée qui veut faire de la place. La parallèle avec Danse avec les loups est immanquable, le propos pourrait être taxé de caricatural mais quand on sait de quelle manière s’est déroulée la conquête de l’ouest ou la guerre en Irak, est-on si loin d’une réalité ? On peut quand même reprocher au film son manque de finesse dans le trait qui dessine les personnages, le colonel limite nazi de l’armée en étant le plus parfait exemple. Mais Cameron n’a jamais été un cinéaste analyste : la caricature ne l’a jamais gêné quand elle est au service de l’action et de la puissance de l’image. Il se rattrape d’ailleurs plutôt bien en incluant, chose rare chez les autres mais habituelle chez lui, des personnages féminins profonds et intéressants, à des lieux des potiches habituelles.
L’intérêt du film n’est donc pas à chercher du côté de la profondeur psychologique, mais de la combinaison très réussie entre la création d’un univers totalement neuf et un souffle héroïque plus vu sur un écran depuis le Seigneur des Anneaux. James Cameron est le seul réalisateur capable (avec David Fincher peut-être) d’utiliser une technologie de pointe, de noyer le film sous les effets numériques et pourtant de dégager encore une émotion et un frisson incroyable. Tout ce qu’on voit à l’écran est faux, y compris les personnages et pourtant on y croit, on tremble, on bouge avec eux. Comme ces avatars ou ces navi’s, personnages d’images de synthèse réalisés en motion capture : on peut reconnaître sans aucun mal les traits des acteurs mais aussi leurs mimiques, leurs émotions leurs réactions. La dernière partie du film, constituée de batailles rangées est un immense morceau de bravoure qui nous rappelle que filmer des grandes batailles épiques n’est pas à la portée du premier venu. Et sans tenter de faire une analyse minutieuse du film, le constat est simple : on est resté scotché à nos sièges pendant près de trois heures et la salle entière applaudit à la fin. Film populaire, sûrement, mais grand film quand même.