Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office
Nicolas Winding Refn allait-il faire partie de la colonie des cinéastes étrangers dont l’ambition et le talent se sont brisés à Hollywood ? Car entre John Woo, Matthieu Kassovitz ou encore Florian Henckel von Donnersmark (La vie des Autres…puis The Tourist), combien de réalisateurs majeurs sont-ils rentrés à la maison, dépités par l’essoreuse californienne après des films plus ou moins réussis ? Le réalisateur danois, très reconnu dans le cinéma de genre, a choisi la veine du polar urbain.
La première scène, au cordeau, donne le ton. Le chauffeur qui a chargé deux malfrats après un casse doit échapper à la police, ses voitures de patrouille et ses hélicoptères. Au moyen d’un moteur gonflé et d’une conduite dangereuse ? Oui mais pas seulement. Plus fin, plus subtil, plus tendu, Ryan Gosling se faufile comme une souris à travers les mailles du filet en écoutant alternativement la radio des policiers et un match de basket à la radio. Un criminel mutique, fan des Los Angeles Clippers, effet de style ? Evidemment pas, chaque pièce du puzzle a sa justification.
Après ce premier tour de force, le film prend le temps d’installer à la fois une galerie de vrais personnages et un piège poisseux qui va se refermer sur le chauffeur, son ami-mentor et la jolie voisine. On sent la fascination de l’européen pour cette ville de Los Angeles, inhumaine, immense, une ville qui ne semble constituée que de voies express, de recoins et de petites allées. La beauté n’est visible que de haut, que de nuit, ou alors quand on sort de cet enfer urbain…
Dans ce décor, un héros ambigu, souriant et souvent muet, qui navigue entre un calme imperturbable et de soudaines poussées violence déchaînées. Comme le film, qui alterne en permanence entre une forme de lenteur et de nonchalance, et des accélérations brutales et sourdes. Ne délaissant pas un certain cinéma de genre, Nicolas Winding Refn fait parfois surgir une violence insoutenable au détour d’un malentendu, d’un règlement de compte, et finalement d’une vengeance. Ces changements de pieds, de rythme et d’enjeux donnent son corps au film, par ailleurs brillamment stylisé avec une photo magnifique, et un travail sur le son absolument fascinant : si ce sont des battements de cœur qui rythment les séquences, ce sont des chansons pops qui les coupent...
A l’arrivée, un polar de très haut niveau qui fait résonner les plus belles références de ce cinéma américain, de Michael Mann au Bullit de Peter Yates et même parfois l’Anglais de Steven Soderbergh. Mais aussi des poursuites incroyables, des magnifiques numéros d’acteurs, et une cohérence globale impressionnante d’un auteur européen qui s’est merveilleusement bien perdu dans les dédales de Los Angeles
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