Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office
“Well, dreams -- they feel real when we’re in them, right.It's only when we wake up that we realize something was actually strange”
Un des films les plus attendus de l’année. Après le succès artistique et public colossal de The Dark Knight, Christopher Nolan a eu les mains libres pour adapter pour l’écran un script qu’il avait écrit. Un script qui décrit le « coup » d’une bande de braqueurs assez particuliers puisqu’ils s’introduisent dans le plus secret de tous les coffre forts : l’esprit humain. Leur activité habituelle consiste à entrer dans les rêves de quelqu’un pour y voler un secret. Mais cette fois, un industriel les missionne non pas pour voler une idée, mais pour l’implanter dans le cerveau d’un héritier, afin que celui-ci démantèle l’empire industriel de son père. Mais parvenir à implanter une idée, l’équipe va devoir empiler les rêves dans les rêves, et s’éloigner de plus en plus de la réalité, d’autant que le subconscient du principal acolyte a une fâcheuse tendance à lui jouer des tours en conviant à la fête sa femme décédée.
Quel plaisir de ne pas être déçu par un film dans lequel on avait placé tant d’attentes ! Inception rassemble tout ce que doit être un film de divertissement : de l’action, du suspens, de la réflexion, du rêve, de la surprise, et surtout, une foi incroyable dans l’intelligence de son spectateur. Partant d’un procédé scénaristique qui permet de créer de multiples niveaux, Nolan les exploite tous, sans pour autant se laisser aller à un délire qui perdrait tout le monde en route. Le réalisateur a l’intelligence de partir d’un canevas classique et familier (la préparation d’un casse, avec le recrutement des participants par le héros, les répétitions, la logistique) pour mieux nous emmener vers un déroulement en poupées russes où l’on assiste en parallèle à des rêves dans les rêves, avec des décors et des écoulements de temps différents. Chaque rêve étant une porte ouverte supplémentaire vers un autre, le vertige est total car les personnages ont un but, une fin, et le retour a la réalité semble plus lointain chaque fois qu’ils « descendent » plus loin dans l’esprit de leur cible.
Si l’ensemble peut paraître d’une grande complexité, le résultat à l’écran est d’une fluidité sidérante, avec jusqu’à quatre scènes se déroulant simultanément dans des univers parallèles. Chaque univers réserve son lot de scènes incroyables, on retiendra en particulier cette mémorable séquence en apesanteur dans un hôtel ou ce camion qui ne semble jamais s’arrêter de tomber... Mais l’exceptionnel talent de Nolan est de parvenir à maintenir une unité et un rythme d’une maitrise incroyable, qui happe et qui donne un plaisir de cinéma rarement égalé. Le tout est parfaitement monté, visuellement bluffant, et servi par des acteurs qui se fondent dans leur personnage et ne cherchent pas la performance à tout prix. Di Caprio, par exemple, est une fois de plus exemplaire de profondeur et de retenue.
Du plaisir à l’état pur donc, sans philosophie, ni point de vue sociologique. Nolan n’a pas la volonté de refaire Matrix ou de retenter Mullholland Drive. Il n’est pas David Lynch, et n’utilise le vertige du spectateur que pour véhiculer du plaisir et de l’émotion. Pour nous faire vibrer tout en sollicitant à la fois notre cerveau et notre affect. Derrière la sophistication absolue de son histoire, il ne raconte rien d’autre que la trajectoire d’un homme qui se réfugie dans ses rêves pour mieux refuser la perte de celle qu’il aimait. Un homme prêt à développer tous les plans les plus ahurissants pour pouvoir simplement retrouver sa femme et ses enfants. Une histoire très banale en somme, intemporelle et déchirante.
Et quand on se prend à regretter que le film semble se finir sur des rails, la dernière image nous replonge dans un abime de questions et de doutes. Et toute la beauté du tour, c’est que Nolan a la classe de ne surtout pas y répondre…