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Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

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Tabou

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Un film portugais en noir et blanc à moitié muet partagé entre Lisbonne de nos jours et l'Afrique coloniale ? Encensé par la critique après avoir fait le tour des festivals ? De quoi soulever des sarcasmes sur le précipice qu'il existe entre le "Public" et la "Critique". Et pourtant, pas ce coup-ci. Ce n'est pas vraiment un film d'ailleurs, plutôt une expérience artistique. Mais,loin des expérimentations confidentielles d'un David Lynch, ou encore de l'hermétisme d'un Oncle Boonmee, Tabou est un film curieusement très accessible, beau, et dont la thème et la durée (moins de deux heures) en font davantage un objet ouvert à tous qu'un énième film de festival incompris. 

 

La première partie est probablement  la moins surprenante, elle est pourtant clé. A Lisbonne pendant les fêtes, on suit d'abord une femme un peu seule, puis sa voisine âgée qui perd la tête. Ce qui pourrait être un prologue va s'étirer progressivement, et s'envelopper de mystère. On sent bien qu'il y a un but, un objectif à cette longue digression portugaise. Mais les trois portraits de femme captivent, interrogent, on ne voit pas le temps passer même si l'on comprend que tout cela n'est qu'une introduction. On cherche les indices... jusqu'aux souvenirs d'un vieil homme qui nous entraîne alors des décennies précédemment en Afrique, pendant la colonisation portugaise.

 

Le film devient alors presque muet. Il y a bien la voix du narrateur, il y a quelques bruits, mais l'on entend plus les personnages. Procédé curieux, mais qui épouse avec un naturel surprenant le fil d'un récit à la fois lent et mystérieux. Histoire d'amour, histoire de vies brisées, histoire d'une civilisation qui s'effondre, le film devient alors beaucoup de choses, à force de rencontres et d'évasions dans la jungle.


A contre courant de toute forme de sophistication,  Miguel Gomes semble se lover avec un plaisir communicatif dans les éléments les plus basiques du cinéma : des personnages irradiants, une histoire des plus simples, l'amour, la trahison, des images de la nature et de la musique (même si celle-ci est souvent délicieusement décalée). Et ce petit crocodile qui revient comme un balancier, et que l'on replonge à chaque fois dans sa piscine artificielle dont il ne peut que s'évader...On se laisse bercer par cette histoire, en oubliant presque que nous tout cela a commencé dans un triste immeuble de Lisbonne. Même si le film nous le rappelle en bouclant toutes ses boucles narratives.

 

Une liberté et une force artistique qui font applaudir à tout rompre les critiques, éblouis par l'exercice de style à la fois rétro et innovant. Le spectateur lamba n'y trouvera peut-être pas la même fascination, mais pourra profiter d'une expérience de cinéma assez rare. Qui surprend, qui décale, qui éblouit parfois. Ceux qui se lamentent du train-train et d'une manque d'ambition de la majorité des sorties dans les salles ne devraient pas laisser passer eur chance.


 

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