


Danny Boyle n'aime pas se confiner dans un genre : il est passé par la science fiction (Sunshine), l'écolo baba cool (the beach), le film d'horreur (28 jours plus tard) sans oublier ce qui lui a
valu une renommée mondiale : LE film de drogués des années 90 (Trainspotting) : un hit, quelques succès d'estime mais aussi quelques bonnes gamelles publiques et critiques.
Il confirme ici sa tendance eclectique en adaptant le roman Q&A de Vikas Swarup, qui raconte l'histoire incroyable d'un jeune indien des bidonvilles qui devient une star en
répondant à toutes questions de la version indienne de Qui veut gagner des millions. Mais la police est persuadée qu'il a triché : de multiples morceaux de la vie du héros vont permettre de
retrouver les réponses à chaque question.
D'un point de vue formel, Danny Boyle a pleinement réussi son (difficile) pari : filmer au plus près une Inde en perpetuel mouvement, mélange détonnant de tradition et de modernité, sorte de
fourmillière humaine où chacun se débat pour survivre. La réalisation frénétique, caméra à l'épaule, nous emporte dans les rues des bidonvilles, sur les trains bondés ou dans les call centers sans
laisser une seconde de répit. Ces mélanges de couleurs, cette suractivité permanente, ces conflits inter-raciaux d'une violence inouïe, ces enfants défigurés pour mieux mendier ; on se retrouve
très vite plongés dans la réalité du pays grâce à des images superbes et un montage nerveux au possible. Bravo aussi à Danny Boyle d'avoir recruté un casting plutôt local et de ne pas
hésiter à utiliser l'hindi : seulement cela renforce le sentiment de réalisme et tous les acteurs sont formidables.
Si la vision du pays se veut réaliste, le fil de l'histoire qui la traverse est volontairement très romancée et il est dommage que l'adaptation ne soit pas à la hauteur du reste. A partir
d'un bouquin qui raconte une bonne quinzaine d'histoires avec des liens réduits entre elles, il est inévitable que le film prenne certaines libertés. Mais on se concentre ici beaucoup sur une
histoire d'amour dont la place n'est pas si importante dans le livre, où elle en tous cas traitée avec plus de finesse que cette bluette d'ado un peu gnangnan.
Cette petite surdose de mievrerie est heureusement gommée par le générique final, à mi chemin entre Bollywood et West side story, qui nous recolle un sourire aux lèvres en quittant la
salle.