Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

Les dix premières minutes posent tout le film. Une première rencontre furtive, plaisante mais déjà dérangeante, glaçante. Puis quelques années plus tard, les deux mêmes qui explosent à cause des non-dits, des frustrations et qui se retrouvent à se balancer des horreurs sur le bord d’une route au milieu de la nuit. Ce couple qui semble vivre le rêve américain le plus pur des années 50 est en pleine décomposition...
Les allers-retours dans le temps ne seront pas très fréquents, le pourquoi n’est pas le plus important d’autant qu’on le comprend assez vite. C’est plutôt la manière dont chacun va gérer ce constat d’échec qui est décrite avec précision : elle rêve d’une autre vie, de partir loin, d’un homme qui s’accomplit ; lui cherche à gagner du temps, perd ses repères, ne comprend plus sa femme.
Ce n’est sûrement pas le pitch le plus excitant de l’année sur le papier, mais il est traité avec une telle intensité et une telle violence que chaque scène s’avère vraiment marquante et nous prend aux tripes. Cette explosion est d’autant plus troublante qu’elle est ancrée dans un monde lisse, plat, tamisé, le réalisateurs ne se prive d’ailleurs pas d’insérer des indices sous-entendus dans de nombreux plans (un regard, la caméra qui s’arrête, la musique qui reprend), ce qui contribue au malaise général. Chaque fois que les personnages reprennent espoir, même dans les moments de bonheur, on sent que tout est bord de la rupture. Finalement, c’est un fou sorti d’un asile qui se trouve être le plus juste, le seul à dire la vérité à tous, à ne pas se cacher derrière des principes de vie, de politesse, d’amour. Il dit les choses telles qu’elles sont, et elles font mal. Evidemment, cette réussite doit beaucoup à l’immense talent de ses deux interprètes principaux : Leonardo Di Caprio et Kate Winslet portent toute la force du film sur leurs épaules, le couple mythique est devenu le couple maudit, joli pied de nez.
Sam Mendes prouve qu’il est décidemment plus à l’aise dans l’exploration d’un univers calme au bord de la rupture, en milieu confiné que dans des grandes fresques guerriers ou mafieuses. Il est bien aidé en cela par une direction artistique au top, en particulier une musique parfaitement adaptée aux personnages et à leur évolution tout le long du film. Le son joue d’ailleurs un rôle prépondérant dans toute l’intrigue : les hurlements s’enchainent avec des grands moments de calme, et la dernière image choisit son camp.