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Critiques de films et de séries, Actualité du cinéma et du box office

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Une séparation

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Un divorce en Iran. Elle veut partir à l’étranger profitant du visa qu’elle a mis des années à obtenir, il ne se résoud pas à abandonner son père malade. Elle veut emmener leur fille avec elle, il refuse de la laisser partir. Elle quitte le domicile conjugal, il prend une aide à la maison. Mais le vieil homme n’a plus toute sa tête et s’avère plus difficile que prévu. Le drame couve...

 

La première scène, magistrale, donne le ton du film. Deux époux en plein conflit, sans que l’on sente la haine ou le mépris habituel de ce type de situation. Deux raisonnements rationnels et compréhensibles, plein de passion, et un juge invisible qui les renvoie dos à dos en leur demandant de continuer à vivre leur vie, car il serait bien en peine de leur dire qui a raison ou tort. C’est la grande subtilité du film et aussi sa grande force : ce qui est terrible, c’est que chacun a ses raisons. L’enchevêtrement et le choc entre tous ces destins se fait parfois de manière brutale et violente, mais sans que le spectateur puisse prendre parti facilement, ou puisse discerner de manière frontale ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Le père de famille reste sur ses positions, droit dans ses bottes et sur de son fait. La mère cherche à arrondir les angles, à trouver une aspérité sur laquelle s’appuyer, car elle ne semble pas vouloir quitter cet homme. La femme de ménage, perdue, victime ou bourreau, semble dépassée par ce qui lui arrive. Et son propre mari n’est plus qu’une boule de douleur, de rage et de violence.

 

En exploitant une simple situation de départ et un seul événement, le scénario brode donc patiemment un implacable canevas et nous emmène du fait divers vers le polar, le film sociétal et drame familial avec un brio incomparable. Le film est jalonné de scènes d’échanges, qui commencent souvent en discussions calmes pour partir vers une explosion des conflits. Et le spectateur ne décroche jamais, happé par ces tranches de vies pourtant presque banales, mais incroyablement prenantes.  De fait, le film repose beaucoup sur ses acteurs, qui sont tous exceptionnels. Mais au-delà d’une direction d’acteurs extraordinaire, la mise en scène elle-même est d’une grande intelligence, que ce soit quand on pressent le drame à travers ces bribes de tension presque imperceptibles, ou quand le réalisateur enferme sa caméra dans le bureau exigu du juge. Ou quand elle traîne inlassablement dans cet appartement et surtout son pied de porte.

 

C’est aussi un regard incroyablement moderne et inédit sur cette société iranienne à un tournant. Une société où, comme partout ailleurs, les classes et les niveaux sociaux semblent édicter des règles tacites. Une société encore profondément religieuse, au moins dans les classes les plus populaires, et où les interdits sont légions. Scène incroyable où la femme de ménage appelle une hotline pour être absolument sure que laver le vieil homme n’est pas considéré comme un pêché.

Et au final, c’est l’universalité du propos qui surprend. C’est l’histoire toute simple d’un homme et d’une femme qui s’aiment et pourtant se séparent…Jusqu’à cette cloison finale qui semble tout figer. Il s’est tant passé de choses à travers des murs et des portes. 

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